Depuis la Coupe du Monde 1970 au Mexique, l'album de stickers Panini accompagne chaque rendez-vous international en réunissant les portraits des joueurs censés y participer. Mais il arrive que la vignette soit imprimée avant que la sélection finale ne soit connue, ou qu'un imprévu de dernière minute prive un joueur du voyage. Plusieurs cas célèbres illustrent ce paradoxe du collectionneur.
L'exemple emblématique : Eric Cantona et France 1998 Parmi les visages absents du Mondial 1998 en France, celui d'Eric Cantona figure dans l'album Panini de l'époque. Pourtant, le joueur de Manchester United, alors suspendu par la Fédération française pour son coup de pied sur un supporter, ne sera pas retenu par Aimé Jacquet. Sa vignette reste l'un des souvenirs les plus recherchés par les collectionneurs.
Le cas des blessures de dernière minute Les blessures survenant après le bouclage de l'album constituent une autre raison fréquente d'absence. En 2014, le Brésilien Neymar, pourtant présent sur le sticker, s'est blessé lors du quart de finale contre la Colombie et n'a pas participé à la suite de la compétition à domicile. Mais l'exemple le plus frappant reste celui de l'Allemand Joachim Löw en tant que joueur : présent dans l'album Panini de 1990, il ne disputera aucune minute de la Coupe du Monde en Italie, cloué sur le banc par le sélectionneur Franz Beckenbauer.
Des joueurs retirés de la liste après la publication Le sélectionneur peut aussi modifier sa liste définitive après l'impression des albums. En 2018, l'Anglais Alex Oxlade-Chamberlain figurait dans l'album Panini alors qu'il avait été déclaré forfait pour blessure avant la compétition. De même, le défenseur français Raphaël Varane, inclus dans l'album 2014, a dû déclarer forfait après une blessure à la cuisse en quart de finale de Ligue des champions. Le Portugal de 2014 a vu son défenseur Fábio Coentrão, présent sur le sticker, se blesser lors d'un entraînement à la veille du premier match.
Les oubliés des sélections définitives Certains joueurs sont tout simplement écartés au dernier moment par le sélectionneur. En 2010, le milieu français Mathieu Valbuena figure dans l'album Panini mais ne sera pas retenu dans le groupe de Raymond Domenech pour l'Afrique du Sud. En 2006, le Suédois Henrik Larsson, présent sur le sticker, a annoncé sa retraite internationale juste avant le début du tournoi, laissant sa place à un autre joueur.
La rareté des vignettes « fantômes » Ces vignettes deviennent parfois des pièces de collection particulièrement recherchées. Le marché des stickers Panini voit les cotes grimper pour les joueurs annoncés mais absents. En 1998, la vignette d'Eric Cantona se négocie plusieurs fois le prix d'une image de joueur présent. Les collectionneurs parlent de « fantômes » ou d'« anomalies » qui font le sel de la chasse aux autocollants.
La logistique de l'album Panini La raison principale de ces écarts tient au calendrier de fabrication. L'album Panini est imprimé plusieurs mois avant le début de la compétition, sur la base des listes provisoires fournies par les fédérations. Les sélectionneurs peuvent modifier leur effectif jusqu'à la date limite de dépôt des listes, souvent fixée une trentaine de jours avant le match d'ouverture. Entre-temps, les blessures, les suspensions ou les choix tactiques peuvent bouleverser les prévisions. En 2018, la fédération égyptienne a dû remplacer le gardien Essam El-Hadary, pourtant sur le sticker, après une blessure. L'album a été mis à jour dans les éditions suivantes, mais les premiers tirages restent fautifs.
Des cas au-delà du football Si Panini est surtout connu pour le football, le phénomène existe aussi dans d'autres sports. Aux Jeux Olympiques, des athlètes apparaissent sur les stickers alors qu'ils n'ont pas été qualifiés ou qu'ils ont déclaré forfait. En 2016, le nageur américain Michael Phelps figure dans l'album des Jeux de Rio alors qu'il avait brièvement annoncé sa retraite avant d'y participer finalement. Mais dans le football, la Coupe du Monde reste le rendez-vous le plus emblématique pour ces anomalies.
La quête des collectionneurs Pour les amateurs, trouver une vignette d'un joueur absent du Mondial est un petit trésor. Les forums spécialisés et les bourses d'échanges voient ces cartes s'échanger à prix d'or. En 2022, une vignette de l'attaquant italien Roberto Baggio (absent de l'édition 1994 pour cause de blessure lors de la finale précédente) a atteint une enchère record. La rareté ne vient pas seulement du nombre d'exemplaires diminué, mais aussi de l'histoire qu'elle raconte : celle d'un destin sportif contrarié juste avant le grand rendez-vous.