Des conservateurs pointés du doigt
Les personnes qui consomment le plus de conservateurs alimentaires présentent un risque accru de 29 % de développer de l'hypertension artérielle et un risque augmenté de 16 % de subir une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral, selon des travaux publiés le 21 mai dans plusieurs revues scientifiques. Les études, menées par Sanam Shah et Anaïs Hasenböhler sous la supervision de l'épidémiologiste Mathilde Touvier, directrice de recherche à l'Inserm, ont été publiées dans Diabetes Care, l'European Journal of Epidemiology et l'European Heart Journal.
Une cohorte française de plus de 100 000 personnes
Ces recherches s'appuient sur le suivi d'une importante cohorte française comprenant plus de 100 000 participants, dont le suivi a débuté en 2009. Chaque participant devait noter la marque de tous les aliments et boissons consommés pendant trois jours, tous les six mois. Les chercheurs utilisaient ensuite une base de données d'ingrédients pour identifier les conservateurs courants et comparer les niveaux de consommation sur plusieurs années avec les données médicales enregistrées dans le système national de santé français.
Colorants et risques de diabète et de cancer
L'étude s'est également penchée sur les colorants alimentaires (code E100 à E199). Pour les plus forts consommateurs de ces additifs, le risque de développer un diabète de type 2 est augmenté de 38 %, celui de développer un cancer de 14 %, et le risque de cancer du sein est accru de 21 %. Les conservateurs et antioxydants (codes E200 à E299 et E300 à E399) sont, eux, associés à un risque cardiovasculaire plus élevé.
Des appels à une régulation plus stricte
Face à ces résultats, Mathilde Touvier estime nécessaire de procéder à une « réévaluation de la sécurité de ces additifs, pour éventuellement en interdire certains », en particulier les colorants qui ne « sont là que pour rendre le produit plus attractif », ou « diminuer les doses autorisées ». L'organisation Foodwatch réclame pour sa part d'« interdire les additifs les plus controversés et strictement encadrer les aliments ultra-transformés ».
Le Nutri-Score comme outil de prévention
La France a déjà mis en place le Nutri-Score en 2017, un étiquetage nutritionnel classant les produits de A à E. Une proposition de loi soutenue par huit groupes politiques sur les onze que compte l'Assemblée nationale vise à rendre cet affichage obligatoire. Selon le texte, les entreprises agroalimentaires refusant d'afficher le Nutri-Score paieraient une taxe de 2 % sur leur chiffre d'affaires français, dont le produit serait reversé à l'Assurance Maladie.
Un faisceau de preuves
Sur 104 travaux existants concernant les aliments ultra-transformés, 93 montrent des effets délétères sur la santé, rappellent les auteurs. Ces nouvelles études viennent renforcer le corpus de connaissances sur les risques associés à ces additifs, dont la présence est massive dans les rayons des supermarchés.