Une génération « lucide » face à l’intelligence artificielle
Près de trois quarts (74 %) des étudiants et jeunes diplômés des grandes écoles perçoivent l’intelligence artificielle générative comme « une menace » pour les postes juniors, selon la dernière édition du baromètre Talents. Cette étude, conçue par la grande école de management Skema en partenariat avec les cabinets EY et Ipsos-BVA, a été réalisée entre le 3 et le 22 février 2026 auprès de 1 609 personnes, dont 70 % sont inscrites dans des écoles de commerce ou d’ingénieurs ou viennent d’en sortir depuis moins de trois ans.
Malgré cette crainte, 87 % des diplômés ayant moins de six ans d’expérience estiment que l’IA ne rendra pas leur métier obsolète. Les auteurs de l’enquête qualifient cette génération de « lucide » : « Ils sont prêts à collaborer avec l’IA, tout en sachant qu’elle redéfinit les règles d’entrée sur le marché du travail », indiquent-ils.
Un usage quotidien et stratégique de l’IA
L’étude révèle que 61 % des jeunes interrogés utilisent l’intelligence artificielle au moins une fois par jour, et 41 % la considèrent comme un « coach de vie ». Plus largement, 85 % d’entre eux envisagent de recourir à l’IA pour automatiser des tâches répétitives, et 18 % déclarent vouloir en faire « un véritable coéquipier ».
Ces chiffres témoignent d’une adoption massive des outils génératifs, bien au-delà du simple usage ludique ou académique. Pour les jeunes diplômés, l’IA devient un levier de productivité et un compagnon de travail, même si son déploiement suscite des inquiétudes quant à la destruction de postes d’entrée de gamme.
De nouvelles priorités dans la quête de sens
Au-delà du rapport à l’IA, le baromètre Talents 2026 met en lumière une évolution des attentes professionnelles de cette génération. Les répondants redéfinissent leur quête de sens au travail, plaçant des critères comme l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle, l’impact sociétal ou environnemental de leur employeur, et la transparence des dirigeants au cœur de leurs choix de carrière.
Ces priorités viennent s’ajouter à la vigilance vis-à-vis des mutations technologiques. Les jeunes diplômés des grandes écoles semblent ainsi vouloir concilier un usage intensif de l’IA avec une exigence accrue de valeurs éthiques et humaines de la part des entreprises.
Un signal pour les employeurs
Cette enquête, menée auprès d’un échantillon représentatif des étudiants et jeunes diplômés des grandes écoles françaises, constitue un signal fort pour les recruteurs et les directions des ressources humaines. Alors que l’IA générative continue de se déployer dans les processus de recrutement et de gestion des talents, la perception d’une menace sur les premiers postes pourrait influencer les stratégies d’intégration des juniors.
Les auteurs de l’étude soulignent que cette génération, bien qu’inquiète, ne rejette pas la technologie mais entend l’apprivoiser et la façonner à son profit, tout en exigeant de ses futurs employeurs une approche responsable et transparente.