Dans un essai personnel, la romancière Tahmima Anam revient sur la genèse de son prochain roman, inspiré par un lieu bien réel. Au printemps 2024, elle a enfin pu se rendre sur l'île de Banishanta, au sud du Bangladesh. Ce bout de terre grise, bordé de huttes précaires, abrite une maison close sous licence d'État, active depuis l'époque coloniale britannique. Anam confie avoir longtemps repoussé la confrontation avec cette réalité, consciente du fossé entre son existence privilégiée et le sort des femmes qui y survivent. Ce n'est qu'en imaginant un récit de rébellion féminine sur une île fictive qu'elle a pu les laisser entrer dans son écriture.
Un imaginaire de la révolte
L'auteure inscrit son travail dans une tradition littéraire bien établie. Elle cite en exemple "La Servante écarlate" de Margaret Atwood, dont la dictature de Gilead est devenue un symbole de résistance, ou encore "Le Pouvoir" de Naomi Alderman, où les femmes acquièrent soudain la capacité d'infliger la douleur et renversent les rapports de force. Ces mondes spéculatifs, explique-t-elle, offrent un terrain fertile pour explorer les dynamiques de pouvoir et de genre. En imaginant des sociétés où les femmes prennent le contrôle, ces œuvres ne se contentent pas de dénoncer : elles proposent des échappatoires, des possibilités de transformation.
De la fiction à l'espoir
Pour Anam, la littérature n'est pas un simple divertissement : elle constitue une arme d'espoir dans des temps obscurs. En donnant vie à des héroïnes qui refusent la soumission, les romans permettent de concevoir d'autres futurs. La force de ces récits, soutient-elle, réside dans leur capacité à briser le sentiment d'impuissance. Alors que les droits des femmes sont menacés dans de nombreuses régions du monde, ces fictions deviennent des outils de résistance symbolique. La révolte des femmes de l'île imaginaire qu'elle s'apprête à décrire puise directement dans la réalité de Banishanta, non pour l'exploiter, mais pour en faire le socle d'une utopie rageuse.
Un appel à l'action littéraire
L'essai de Tahmima Anam, publié dans la presse britannique, dépasse le simple récit de voyage. Il interroge le rôle de l'écrivain face à l'injustice. En refusant l'oubli et en choisissant la fiction comme vecteur de changement, l'auteure invite ses lecteurs à ne pas détourner le regard. "Les femmes squattaient mon imagination, refusant de partir", écrit-elle. Cette persistance de l'imaginaire, face à l'horreur réelle, est peut-être la plus grande force de la littérature : celle de faire exister, le temps d'un livre, un monde où les femmes ont enfin le pouvoir.