Selon une information révélée par le journal Libération, une vaste affaire d’exploitation de migrants nigérians sans papiers secoue plusieurs supérettes parisiennes. Des dizaines de personnes, sans emploi ni logement stables, auraient été recrutées par un prêcheur pentecôtiste qui leur promettait un contrat à durée indéterminée (CDI) et, à terme, un titre de séjour. En réalité, ces exilés, particulièrement vulnérables, ont été contraints de travailler de longues heures sans aucune rémunération, sous couvert de stages fictifs.

Des promesses de régularisation comme appât

Le système, décrit comme une forme de traite d'êtres humains, reposait sur la fragilité des victimes. Le prêcheur, qui se présentait comme un bienfaiteur, proposait aux Nigérians sans papiers rencontrés dans la rue ou dans des hébergements précaires de les « sortir de la rue » et de leur offrir un travail stable. « Il m’a dit qu’il allait me sortir de la rue et que j’aurais un CDI », a témoigné l’une des victimes, citée par le journal.

Ces personnes étaient ensuite placées dans des supérettes de la capitale, où elles devaient effectuer des tâches similaires à celles des salariés ordinaires : mise en rayon, nettoyage, encaissement, gardiennage. Mais elles ne touchaient aucun salaire, ni aucune compensation pour leurs heures de travail. Le prêcheur leur aurait fait miroiter que ces « stages » étaient une étape obligatoire pour obtenir un emploi officiel et une régularisation administrative.

Une enquête préliminaire ouverte

Alertées par des associations et des témoignages de victimes, les autorités judiciaires ont ouvert une enquête préliminaire pour traite d’êtres humains. Les investigations visent à déterminer l’ampleur du réseau, le nombre exact de victimes (estimé à plusieurs dizaines) et le rôle précis du prêcheur pentecôtiste ainsi que des gérants des supérettes impliquées.

Selon les premiers éléments de l’enquête, ce système d’exploitation aurait perduré pendant plusieurs mois, profitant de la détresse de ces migrants qui, sans papiers, n’osaient pas porter plainte de peur d’être expulsés du territoire français. Le prêcheur utilisait également son autorité religieuse pour exercer une emprise psychologique sur ses victimes, leur faisant croire que leur salut dépendait de leur obéissance et de leur endurance dans le travail.

Des conditions de travail dégradantes

Les témoignages recueillis par les enquêteurs décrivent des conditions de travail indignes. Les victimes travaillaient jusqu’à douze heures par jour, sept jours sur sept, sans pause ni jour de repos. Certaines étaient logées dans des conditions insalubres, dans des caves ou des arrière-boutiques, sans accès à l’eau potable ou aux sanitaires. D’autres dormaient sur des matelas à même le sol dans les magasins mêmes où elles travaillaient.

« Nous étions traités comme des esclaves, mais nous ne pouvions rien dire, car nous avions peur de la police et de l’expulsion », a confié un autre exilé, encore sous le choc. « Le prêcheur nous disait que nous étions des pécheurs et que nous devions expier nos fautes par le travail. »

Un réseau aux ramifications multiples

L’enquête préliminaire, confiée à la brigade de répression du proxénétisme (BRP) ou à l’Office central de lutte contre les trafics de migrants (OCLTM), cherche à identifier toutes les supérettes ayant participé au dispositif. Plusieurs établissements situés dans différents arrondissements de Paris seraient concernés. Les gérants de ces magasins pourraient avoir profité de cette main-d'œuvre gratuite pour réduire leurs coûts, tout en sachant que ces travailleurs étaient sans papiers et exploités.

Les associations de défense des migrants, qui avaient signalé la situation aux autorités, appellent à une protection immédiate des victimes, notamment par la délivrance de titres de séjour pour leur permettre de témoigner en toute sécurité. Elles soulignent que ce type d’exploitation est monnaie courante dans certains secteurs de l’économie informelle à Paris, où la vulnérabilité des sans-papiers est régulièrement exploitée.

Les victimes toujours dans l’attente

À ce stade, la plupart des victimes identifiées demeurent dans une situation administrative précaire. Sans papiers, elles n’ont pas accès aux droits sociaux ni à un logement stable. Certaines ont été hébergées dans des centres d’accueil d’urgence, mais d’autres sont retournées à la rue depuis la révélation de l’affaire, le prêcheur ayant cessé de les héberger.

Les enquêteurs estiment que le nombre de victimes pourrait être plus élevé que celui initialement avancé, car d’autres exilés pourraient n’avoir pas encore osé se manifester. Un appel à témoins devrait être lancé dans les prochaines semaines.

Une affaire qui interroge les pratiques de recrutement

Cette affaire met en lumière les failles du système de régularisation et les dérives possibles liées à l’exploitation des migrants sans papiers. Le recours à des stages fictifs, sans valeur légale, est une pratique connue des services d’inspection du travail, mais qui reste difficile à démanteler en raison de la précarité des victimes.

Pour le moment, aucune interpellation n’a eu lieu, mais l’enquête se poursuit activement. La justice devra déterminer les responsabilités pénales de chacun des acteurs impliqués, du prêcheur aux gérants des magasins, et juger si les faits peuvent être qualifiés de traite d’êtres humains, une infraction passible de vingt ans de réclusion criminelle et de 3 millions d’euros d’amende.