En septembre 2025, neuf mosquées et centres culturels de la région parisienne avaient été la cible d’une provocation islamophobe : des têtes de porc ensanglantées, marquées du mot « Macron » à l’encre bleue, avaient été déposées devant leurs portes. Quelques mois plus tard, trois ressortissants serbes ont été reconnus coupables de ces actes dans leur pays, les juges estimant qu’ils avaient été dirigés par « des structures du service de renseignement de la Fédération de Russie » dans le but de susciter des troubles et de l’intolérance.
Aujourd’hui, une série de documents internes divulgués – obtenus par des journalistes et partagés avec plusieurs médias internationaux – lève le voile sur la planification minutieuse de cette opération et révèle l’ampleur des efforts d’influence pro-Kremlin en Europe et ailleurs.
Des documents internes qui mettent en cause l’administration russe
Les fichiers, qui comprennent des notes internes, des rapports sur des missions planifiées ou achevées, ainsi que des captures d’écran de conversations privées issues d’un outil de travail collaboratif, pointent vers l’Agence de design social (SDA), une société de relations publiques russe déjà sanctionnée par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne pour ses campagnes d’influence. Ils impliquent également l’administration présidentielle russe, dont des responsables sont vus superviser le travail de cette agence.
Ces documents détaillent de nombreuses opérations, qualifiées en interne de « frappes cognitives » contre l’Occident. Parmi elles figurent d’autres actes de vandalisme commis en France et en Allemagne, des tentatives de faire passer des messages pro-russes par l’intermédiaire d’influenceurs occidentaux, et des campagnes d’ingérence électorale.
L’une des campagnes visait à influencer les élections législatives à venir en Arménie via un média destiné aux électeurs russophones, avec pour objectif d’enrayer le virage géopolitique du pays vers l’Occident.
L’« Opération Tête de porc » racontée de l’intérieur
Un document intitulé « Rapport sur l’opération Tête de porc » détaille la planification interne des attaques contre les mosquées parisiennes. Il contient des photographies, jamais rendues publiques jusqu’ici, montrant les têtes de porc préparées avant leur distribution.
D’après ce rapport, un groupe de six opérateurs est arrivé à Paris le 7 septembre, a effectué une « reconnaissance » le 8 septembre, déposé les têtes de porc dans la nuit suivante, puis « quitté le pays avec succès ».
Le fichier se conclut par une longue liste d’articles de presse en français, anglais et russe ayant couvert l’attaque. « L’opération a bénéficié d’une large couverture médiatique dans le monde entier », s’y félicite le document.
L’objectif : maintenir « l’image d’une superpuissance »
L’un des messages divulgués expose l’un des objectifs de cette guerre de l’information : aider la Russie à « maintenir l’image d’une superpuissance » sur la scène mondiale. « Plus la Russie participe à des campagnes d’influence actives dans le monde entier, plus l’image d’une puissance russe globale est forte », peut-on lire.
Les documents ne permettent pas toujours d’identifier clairement l’auteur d’un fichier ou d’une opération – s’il s’agit de la SDA, de l’administration présidentielle ou d’une autre entité. Mais l’ensemble témoigne d’une coordination étroite entre des acteurs privés et publics russes pour mener des actions de déstabilisation visant à attiser les tensions sociales et politiques en Occident.