Un parcours brisé par une décision administrative

Markens Appolon, 25 ans, a fui Haïti pour échapper aux violences des gangs qui avaient interrompu ses études d'économie. Son objectif : rejoindre sa famille à Montréal et y demander l'asile. Mais depuis près de cinq mois, il est détenu dans un centre de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) aux États-Unis, après avoir été refoulé à la frontière canadienne et livré aux autorités américaines.

« Chaque jour qui passe, ma santé mentale empire. Vous voyez le monde continuer et vous êtes coincé ici à regarder », a-t-il confié. « Je suis ici, et même quand je sortirai, le problème sera pire. »

Selon son avocate torontoise Erin Simpson, le cas de Markens Appolon n'est pas isolé. « C'est ce qui est si choquant dans cette affaire et d'autres similaires », explique-t-elle. « Le Canada participe à cela. Le Canada livre des gens à l'ICE. »

Un resserrement des règles d'asile au Canada

Ces dernières années, le Canada a durci sa politique d'asile, notamment en restreignant l'accès à la procédure pour les demandeurs passant par les États-Unis en vertu de l'Entente sur les tiers pays sûrs. Cet accord, révisé en 2024, permet désormais au Canada de refouler vers les États-Unis les personnes qui y ont déjà transité, même si elles avaient auparavant droit à une exception pour lien familial.

Markens Appolon pensait pouvoir bénéficier de cette exception, car il avait de la famille au Canada. Pourtant, les agents canadiens l'ont jugé irrecevable et l'ont remis aux gardes-frontières américains, qui l'ont placé en détention. Il est incarcéré depuis plus de quatre mois, sans date de libération prévue.

Des conséquences psychologiques lourdes

Le jeune homme décrit une détérioration rapide de son état mental. « Chaque jour qui passe, je sens la vie dont j'avais rêvé m'échapper », dit-il. Il s'inquiète de ne pas pouvoir se reconstruire, même s'il était libéré. « Je serai libéré, mais le problème sera pire. »

L'avocate Erin Simpson souligne que la coopération entre le Canada et les États-Unis dans ces cas expose les demandeurs d'asile à un risque de détention prolongée. « Le Canada participe à ce système. Il remet des gens entre les mains de l'ICE, qui les emprisonne pendant des mois », insiste-t-elle.

Un phénomène plus large

L'affaire Appolon s'inscrit dans un contexte plus vaste de durcissement des politiques migratoires en Amérique du Nord. Plusieurs réfugiés haïtiens, mais aussi d'autres nationalités, auraient été refoulés à la frontière canadienne et livrés aux autorités américaines ces derniers mois. Des organisations de défense des droits dénoncent une violation du principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque des persécutions.

Le gouvernement canadien n'a pas commenté ce cas en particulier. Les autorités américaines, de leur côté, n'ont pas répondu aux demandes d'information concernant la détention de Markens Appolon.

En attendant une issue

Markens Appolon attend toujours une audience pour déterminer son sort. Son avocate tente d'obtenir sa libération sous caution, mais les procédures sont longues. « Il ne sait pas combien de temps il va encore rester enfermé », résume Erin Simpson. « Chaque jour qui passe, sa vie s'éloigne un peu plus de ce qu'il espérait. »