Une ambition affichée, des actes en décalage

Emmanuel Macron avait fait de l’écologie l’un des piliers de son discours dès son premier mandat. Il s’était engagé à faire de la France un leader mondial de la lutte contre le dérèglement climatique, notamment après le retrait américain de l’accord de Paris. Pourtant, un examen des dix années écoulées révèle un fossé grandissant entre les annonces et la mise en œuvre.

Dès les premiers mois de son quinquennat, plusieurs mesures emblématiques ont été abandonnées ou vidées de leur substance. La fiscalité écologique, présentée comme un levier majeur, a été progressivement démantelée sous la pression des mobilisations sociales, à commencer par le mouvement des « gilets jaunes » en 2018. La taxe carbone sur les carburants, qui devait augmenter régulièrement, a été gelée puis supprimée. Le gouvernement a également renoncé à durcir les normes environnementales pour les logements, en allégeant le dispositif de rénovation énergétique.

Un ralentissement net de la baisse des émissions

Après une période de diminution relativement soutenue entre 2017 et 2023, le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre a nettement décéléré. En 2024, la baisse n’a été que de 1,5 %, contre 4 % l’année précédente, selon les chiffres officiels cités par l’article. Cette inflexion intervient alors que la France s’était fixé des objectifs ambitieux dans le cadre de sa Stratégie nationale bas-carbone (SNBC).

Plusieurs secteurs expliquent ce ralentissement. Le transport aérien, qui bénéficie d’exonérations fiscales maintenues, a vu ses émissions augmenter de 6 % en 2024 par rapport à l’année précédente. Dans l’agriculture, aucune mesure contraignante n’a été adoptée pour réduire l’usage d’engrais azotés, principale source d’émissions du secteur. Enfin, le poids du nucléaire dans le mix électrique, longtemps présenté comme un atout, diminue progressivement avec le vieillissement du parc, ce qui entraîne un recours accru aux énergies fossiles pour compenser.

Des lois votées puis détricotées

Au cours de son second mandat, la majorité présidentielle a elle-même contribué à affaiblir plusieurs textes environnementaux. La loi Climat et Résilience de 2021, qui devait intégrer l’urgence climatique dans les politiques publiques, a été progressivement vidée de ses dispositions les plus ambitieuses. L’interdiction des chaudières au fioul, prévue pour 2026, a été repoussée sine die. Les obligations de rénovation des passoires thermiques, qui devaient s’appliquer aux logements classés F et G, ont été assouplies en 2025 sous la pression des bailleurs.

Dans le même temps, la France continue de soutenir des projets très émetteurs de CO2, comme l’extension du port de Dunkerque ou la construction de nouvelles autoroutes. Le Président a par ailleurs défendu bec et ongles le maintien du pavillon français pour les compagnies aériennes, ce qui permet au secteur d’échapper à la taxation du kérosène.

Un bilan international en demi-teinte

Sur la scène diplomatique, Emmanuel Macron a tenté de se poser en médiateur entre pays développés et nations en développement. Il a plaidé pour une réforme des institutions financières internationales, afin de permettre un financement accru de la transition écologique dans les pays du Sud. Cependant, ces appels n’ont pas été suivis d’engagements financiers concrets de la part de la France. Le montant de l’aide publique au développement dédiée au climat stagne depuis 2023, à environ 5 milliards d’euros par an.

Par ailleurs, la France a été épinglée à plusieurs reprises par le Conseil d’État pour son inaction climatique. En 2024, la plus haute juridiction administrative a condamné l’État pour non-respect de ses propres objectifs de réduction des émissions, dans le cadre de l’affaire dite « Grande-Synthe ». Le gouvernement a été sommé de prendre des mesures supplémentaires, mais les associations estiment que les actions engagées restent insuffisantes.

Un constat partagé par les observateurs

Plusieurs organisations non gouvernementales et experts du climat soulignent que la France n’est pas sur la trajectoire compatible avec l’accord de Paris. Le Haut Conseil pour le climat, instance indépendante créée en 2019, a rendu des avis critiques à plusieurs reprises. Dans son dernier rapport, daté de 2025, il estimait que les politiques actuelles ne permettraient pas d’atteindre l’objectif de -40 % d’émissions en 2030 par rapport à 1990. La tendance actuelle conduirait plutôt à une baisse de 25 % à 30 %.

Le chef de l’État a pourtant réaffirmé, lors de ses vœux pour 2026, sa volonté de « tenir les objectifs climatiques de la France ». Mais les acteurs de la société civile, comme les associations environnementales, jugent ces déclarations déconnectées de la réalité. Ils dénoncent un « double discours » permanent, où les annonces ambitieuses lors des sommets internationaux contrastent avec les arbitrages budgétaires et législatifs favorables aux secteurs polluants.

Conclusion

Après dix années de pouvoir, le bilan d’Emmanuel Macron en matière de lutte contre le dérèglement climatique apparaît en deçà des promesses initiales. Si quelques avancées symboliques ont été obtenues — comme l’interdiction des pesticides les plus dangereux à proximité des habitations ou le lancement de la filière de l’hydrogène vert —, l’essentiel des politiques structurelles reste inchangé. La France continue de subventionner les énergies fossiles à hauteur de plusieurs milliards d’euros par an, tandis que la fiscalité écologique a été abandonnée. Le ralentissement de la baisse des émissions en 2024 confirme que le cap n’est pas tenu, et que les engagements pris ne sont pas suivis d’effets.