L'annonce par Google d'une refonte majeure de son moteur de recherche, confiant à un agent d'intelligence artificielle le soin de répondre directement aux requêtes, semble provoquer un effet inverse à celui escompté. Une partie des utilisateurs américains se tourne massivement vers DuckDuckGo, un moteur concurrent qui met en avant le respect de la vie privée et la liberté de choix.
Des chiffres de croissance impressionnants
Selon les données partagées par DuckDuckGo, entre le 20 et le 25 mai 2026, les installations de son application aux États-Unis ont progressé de 18,1 % en moyenne par rapport à la semaine précédente. Un pic a été atteint le 25 mai, avec une hausse de 30,5 % des installations en une seule journée. La progression est encore plus marquée sur iOS, où la croissance hebdomadaire moyenne atteint 33 %, avec un pic à 69,9 %.
Cette dynamique est directement attribuée aux annonces de la conférence Google I/O, qui s'est tenue le 19 mai. La hausse est en effet beaucoup plus forte aux États-Unis, où les nouveautés sont déployées en premier, que sur les autres marchés.
Les raisons de la défection
Le mécontentement des utilisateurs de Google porte sur plusieurs points. Ils déplorent un manque de contrôle sur l'interface, une complexité accrue pour les recherches simples et des risques d'erreurs liés aux réponses générées par l'IA. Certains y voient également une menace pour l'équilibre du web ouvert, Google captant désormais davantage de trafic au détriment des sites sources.
DuckDuckGo mise sur la liberté de choix
L'entreprise prend le contrepied de Google en offrant une plus grande liberté à ses utilisateurs. Le trafic vers sa page « noai.duckduckgo.com », qui désactive par défaut toutes les fonctionnalités liées à l'IA (réponses assistées, images générées artificiellement), a progressé de 22,7 % en une semaine.
Pour autant, DuckDuckGo ne rejette pas totalement l'intelligence artificielle. Il propose gratuitement son propre outil, Duck.ai, qui permet d'accéder à plusieurs modèles comme Claude 4.5 Haiku d'Anthropic ou GPT-5 mini d'OpenAI, tout en garantissant l'anonymat des conversations. L'entreprise supprime les adresses IP avant d'envoyer les requêtes aux fournisseurs de modèles, et les conversations sont effacées sous 30 jours pour éviter tout entraînement sur les données privées.
Un rapport de force qui pourrait évoluer
Kamyl Bazbaz, responsable de la communication chez DuckDuckGo, souligne que les fonctions d'IA sont populaires, mais que le plus important est de laisser l'utilisateur décider de leur activation. Actuellement, DuckDuckGo ne détient qu'environ 2 % du marché de la recherche aux États-Unis. Son PDG estime que cette part est entravée par les contrats d'exclusivité de Google sur les navigateurs. Néanmoins, la capacité du moteur alternatif à attirer les déçus du virage artificiel de Google pourrait modifier, ne serait-ce qu'un peu, ce rapport de force.