L’ancien premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé mardi la création d’un nouveau parti politique, baptisé « ELAS » (acronyme signifiant « Espoir » en grec). Après trois ans de retrait de la vie politique, il entend ainsi redevenir l’homme providentiel de la gauche et concurrencer le premier ministre conservateur Kyriakos Mitsotakis, au pouvoir depuis sept ans.
Un retour attendu
Alexis Tsipras, qui a dirigé la Grèce de 2015 à 2019, avait quitté la tête de son ancienne formation, le parti de gauche radicale Syriza, à la suite de la défaite aux élections législatives de 2023. Il s’était alors mis en retrait, laissant la place à une nouvelle direction. Aujourd’hui, il juge que la gauche grecque est « dispersée et affaiblie » et qu’elle a besoin d’un nouveau souffle pour faire face à la droite.
Un projet pour rassembler la gauche
« ELAS » se présente comme un parti ouvert, fédérateur, qui veut rassembler les différentes sensibilités de la gauche grecque : écologistes, sociaux-démocrates, anciens communistes et citoyens déçus par le gouvernement Mitsotakis. Dans son discours de lancement, Alexis Tsipras a critiqué la politique libérale du gouvernement, accusé de démanteler les services publics, de favoriser les privatisations et de ne pas protéger les plus vulnérables.
Des défis majeurs
La tâche s’annonce difficile pour l’ancien chef de l’État. La gauche grecque est aujourd’hui fragmentée entre plusieurs formations : Syriza, désormais dirigé par Stefanos Kasselakis, le Pasok (socialiste), et des mouvements plus radicaux. De plus, la popularité de Kyriakos Mitsotakis reste solide, portée par une croissance économique modérée et une relative stabilité politique. Les premiers sondages d’opinion, réalisés après l’annonce, donnent « ELAS » autour de 8 à 10 % des intentions de vote, loin derrière la droite au pouvoir.
Un pari risqué
Alexis Tsipras mise sur son capital de sympathie auprès des classes populaires et sur sa capacité à incarner une alternative crédible. Il espère redonner espoir aux électeurs de gauche qui se sont abstenus lors des derniers scrutins. Mais son passif de premier ministre, marqué par l’accord avec les créanciers de la Grèce en 2015 et la mise en œuvre de mesures d’austérité, reste un poids. De nombreux électeurs ne lui ont pas pardonné ce qu’ils considèrent comme une trahison des idéaux de gauche.
Réactions politiques
Le parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie, a ironisé sur ce retour, estimant que « Tsipras revient comme le sauveur d’une gauche qu’il a lui-même détruite ». Syriza, de son côté, a dénoncé une « manœuvre personnelle » qui risque de diviser encore plus l’opposition. Les cadres du Pasok ont, quant à eux, appelé à l’unité de la gauche contre la droite, mais sans se prononcer sur une alliance avec « ELAS ».
Prochaines échéances
La prochaine échéance électorale en Grèce est prévue en 2027, mais des élections anticipées ne sont pas exclues si la majorité venait à se fragiliser. D’ici là, Alexis Tsipras devra structurer son nouveau parti, élargir sa base militante et convaincre au-delà des cercles de fidèles. Son succès dépendra de sa capacité à proposer un programme alternatif crédible et à incarner un leadership fédérateur.