Le 20 mai 2026, trois associations – Générations futures, Notre affaire à tous et Bloom – ainsi que six riverains de communes particulièrement touchées par la pollution aux PFAS dans le Haut-Rhin et la Haute-Savoie ont saisi le tribunal administratif de Paris. Ils accusent l'État de « carences » dans sa lutte contre les substances per- et polyfluoroalkylées, plus connues sous le nom de polluants éternels.
Les PFAS sont des composés chimiques extrêmement persistants, présents dans l'eau, les sols et l'air. Leur accumulation dans l'environnement et dans l'organisme humain est associée à des risques sanitaires graves : cancers, troubles hormonaux, atteintes au système immunitaire. Une étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) publiée en décembre 2025 a révélé que le TFA, l'un des PFAS les plus nocifs, était omniprésent dans l'eau du robinet en France.
Les fondements juridiques de la plainte
Les requérants invoquent un « préjudice d'anxiété » et un « préjudice moral » liés à la contamination. Ils demandent au tribunal de faire cesser la pollution et d'organiser la prise en charge des coûts environnementaux et sanitaires. Leur recours s'appuie sur le principe de précaution et sur l'obligation faite à l'État de protéger la santé publique et l'environnement, en vertu de la Charte de l'environnement et du droit européen.
Un contexte politique encore balbutiant
Si les scientifiques alertent depuis plusieurs années sur les dangers des PFAS, les politiques publiques pour s'en prémunir en sont encore à leurs débuts. La France a adopté en 2024 une loi visant à restreindre certains usages des polluants éternels, mais les associations estiment les mesures insuffisantes face à l'ampleur de la contamination. Le gouvernement a également annoncé un plan de surveillance des eaux, dont les premiers résultats n'ont pas encore été rendus publics. Les plaignants dénoncent un retard coupable dans l'interdiction des rejets industriels et la dépollution des sites contaminés.
Des implications potentiellement lourdes
Cette action en justice s'inscrit dans une série de recours similaires en Europe, où des citoyens et des ONG tentent d'obtenir des jugements contraignants contre l'inaction des États. Si le tribunal administratif de Paris donne suite à la plainte, cela pourrait contraindre l'exécutif à accélérer la réglementation et à débloquer des fonds pour la dépollution. En parallèle, une proposition de directive européenne visant à interdire l'ensemble des PFAS d'ici 2030 est en cours de discussion, mais son adoption se heurte à des oppositions industrielles.
Les associations espèrent que cette procédure administrative servira de levier pour faire évoluer les pratiques. « L'État ne peut plus se contenter de mesures cosmétiques alors que la contamination est massive et continue », affirment-elles dans leur communiqué. La décision du tribunal est attendue dans les prochains mois.