L’Opéra Bastille accueille une saison placée sous le signe de la redécouverte. Parmi les œuvres programmées, « Ercole Amante » (Hercule amoureux) retient l’attention : cet opéra du XVIIe siècle est l’une des partitions emblématiques de la cour de Louis XIV, mais aussi le témoignage d’un parcours singulier, celui d’Antonia Bembo. Composé à l’origine par Francesco Cavalli sur un livret de Francesco Buti, l’ouvrage fut créé en 1662 pour le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche. Pourtant, c’est une autre histoire, plus intime et longtemps restée dans l’ombre, que la production met en avant : celle de la compositrice et chanteuse vénitienne Antonia Bembo.
Un destin italien à la cour de France Née à Venise vers 1640, Antonia Bembo reçoit une éducation musicale poussée, chose rare pour une femme de son époque. Elle est remarquée pour sa voix et ses talents de compositrice. Son mariage avec un noble vénitien, Lorenzo Bembo, tourne cependant au drame : ce dernier, violent, la contraint à fuir. Antonia Bembo quitte alors Venise et trouve refuge à Paris, où elle est introduite à la cour de Louis XIV. Le roi, amateur de musique, la prend sous sa protection. Elle compose plusieurs œuvres sacrées et profanes, dont un recueil de cantates dédié au souverain, intitulé « Produzioni armoniche » (Productions harmoniques).
« Ercole Amante » : une œuvre au carrefour des baroques Si l’opéra original de Cavalli est une machine de spectacle typique du Grand Siècle – machineries, ballets et intermèdes –, la mise en scène de l’Opéra Bastille entend lui restituer sa dimension historique et musicale, avec une attention particulière à l’héritage des compositeurs oubliés. Le nom d’Antonia Bembo apparaît dans les documents d’époque comme ayant participé à l’exécution ou à l’adaptation de certaines parties de l’œuvre. La programmation actuelle de « Ercole Amante » s’inscrit dans une démarche plus large de l’institution, qui multiplie les redécouvertes de répertoires féminins baroques, après des productions consacrées à Barbara Strozzi ou à Élisabeth Jacquet de La Guerre.
Une résurrection scénique et historique La partition de « Ercole Amante » est dirigée par un chef spécialiste du baroque, tandis que la mise en scène confie le rôle-titre à un ténor de renom. Le parti pris est de restituer l’opéra dans une version proche de celle entendue au XVIIe siècle, tout en intégrant des éléments de théâtralité contemporaine. Les répétitions, entamées plusieurs mois avant la première, ont été l’occasion de travailler des passages rarement joués, notamment ceux impliquant des airs pour voix de femme – ce qui a permis de souligner la possible implication d’Antonia Bembo dans l’écriture vocale.
Un écho au débat sur la place des femmes dans la musique La redécouverte d’Antonia Bembo intervient dans un contexte de renouveau de l’intérêt pour les compositrices des siècles passés. Des ensembles spécialisés comme les Arts Florissants ou le Poème Harmonique ont ces dernières années réinscrit au répertoire des œuvres de femmes longtemps négligées. Cette saison à l’Opéra Bastille, avec « Ercole Amante », permet de faire entendre une page oubliée de la vie musicale sous Louis XIV, tout en rendant hommage à une artiste qui dut surmonter les préjugés de son temps.
Informations pratiques L’opéra « Ercole Amante » est présenté à l’Opéra Bastille pour plusieurs représentations. La programmation détaillée et la distribution complète sont disponibles auprès de l’Opéra national de Paris.