Alors que le thermomètre frôle les 35°C dans de nombreuses régions, la question du nombre de boutons de chemise qu’il est socialement acceptable de défaire en ville agite les esprits. Entre tradition vestimentaire, séduction et pragmatisme face à la canicule, le débat oppose ceux qui y voient une libération bienvenue et ceux qui y perçoivent un relâchement coupable.
« Zéro, c’est comme les shorts et les tongs, ça devrait être interdit »
Pour certains, la réponse est sans appel. « Zéro ! », plaisante à peine Benoît, entrepreneur quadragénaire dans la tech, avant d’assener : « La chemise ouverte, c’est comme les shorts et les tongs, ça devrait être interdit en ville. » Un avis tranché qui illustre une certaine frilosité face à l’évolution des codes vestimentaires, même en période de canicule.
Pourtant, la réalité sur le terrain semble plus nuancée. Dans les tours climatisées de La Défense, Antoine, la trentaine, témoigne d’une pratique courante : « Nous portons tous la chemise boutonnée, mais il y a bien moins de cravates et on laisse vite tomber la veste après notre première réunion du matin. En revanche, à la pause déjeuner, l’esplanade se transforme en Saint-Tropez. Les uns et les autres détachent volontiers une voire deux boutons de plus que d’habitude, les manches se retroussent. On découvre des tatouages et parfois de grosses montres suisses ! »
Du sexy Delon au bon vivant Carlos : l’échelle du décolleté
L’histoire de la mode masculine offre des repères pour jauger l’effet produit. Au petit jeu du col ouvert, il y a des degrés et des circonstances. Le sex-appeal peut ainsi aller de la « jeunesse sauvage » d’Alain Delon dans les années 1960 à l’exubérance bon vivant du chanteur Carlos, à l’époque de son tube « Tout nu et tout bronzé » dans les années 1980.
Impossible d’aborder le sujet sans évoquer le cas emblématique du philosophe Bernard-Henri Lévy. De Kiev à Benghazi, celui-ci ne quitte jamais sa célèbre chemise à col Danton, confectionnée par la maison Charvet, qu’il arbore très largement ouverte. Cette pratique renvoie directement aux années 1970, période où toute une génération d’hommes « libérés » – intellectuels protestataires ou fans de disco – ouvrait ses chemises « jusqu’à l’indécence ».
Des années 1990 à aujourd’hui : du porno chic à Harry Styles
Les décennies suivantes ont vu le style évoluer. Dans les années 1990, le créateur texan Tom Ford a imposé une esthétique « porno chic », tandis que des icônes pop comme Harry Styles ont plus récemment popularisé une version plus androgyne et décontractée du vêtement.
Jusqu’où aller sans détonner ?
Si le contexte urbain semble autoriser un certain relâchement en période de forte chaleur, la limite reste floue. Un bouton défait pour aérer le col est généralement accepté ; deux témoignent d’une intention plus affirmée. Au-delà, le risque est de basculer dans l’exubérance jugée déplacée, surtout dans un cadre professionnel ou formel. L’été et ses dômes de chaleur pourraient toutefois continuer à faire évoluer les usages, entre recherche de confort et respect des convenances.