Jean-Louis Arajol, ancien responsable syndical et major de police à la retraite, tire la sonnette d'alarme. Fondateur de l'association Police République et Citoyenneté, il affirme que les syndicats de policiers qui défendent encore les valeurs républicaines sont « ultra-minoritaires ». Dans ses prises de position récentes, il déplore une montée en puissance des idées d'extrême droite au sein de la Police nationale, un phénomène qu'il attribue à la politique du tout répressif menée depuis plusieurs années et à l'affaiblissement des organisations syndicales attachées à la neutralité républicaine.

Une dérive idéologique dans les rangs policiers

Selon Jean-Louis Arajol, la droitisation du corps policier n'est plus un sujet tabou. Il observe que les syndicats traditionnellement majoritaires, censés incarner la défense des personnels dans le cadre républicain, ont pour partie abandonné ce rôle. À force de soutenir sans nuance les choix du gouvernement en matière de sécurité, ces organisations auraient contribué à normaliser un discours autoritaire, voire identitaire, au sein des commissariats. L'ancien syndicaliste estime que les rares voix qui s'élèvent encore pour rappeler les principes de liberté, d'égalité et de fraternité sont devenues marginales, noyées dans une culture professionnelle de plus en plus influencée par l'extrême droite.

Un constat partagé par d'autres voix dissidentes

Cette analyse rejoint celle d'autres policiers en rupture de ban qui, comme Arajol, ont créé des collectifs ou associations pour promouvoir une police citoyenne et respectueuse des droits. Police République et Citoyenneté, fondée par l'ancien major, milite pour une éthique renforcée, une meilleure formation aux relations avec la population et un contrôle indépendant des pratiques. Mais ces initiatives peinent à percer face à l'hégémonie des grands syndicats qui, selon Arajol, ont perdu leur indépendance en s'alignant sur les directives ministérielles.

Les causes structurelles pointées du doigt

Pour Jean-Louis Arajol, le basculement ne doit rien au hasard. Il met en cause une stratégie politique qui, depuis des lustres, privilégie la réponse pénale et l'usage de la force au détriment de la prévention et du dialogue. Ce « tout sécuritaire » aurait non seulement dégradé le lien entre la police et la population, mais aussi favorisé un recrutement et une socialisation professionnelle tournés vers une conception répressive du métier. Les épisodes de tensions sociales, comme les émeutes de 2023, ont accentué cette dynamique en radicalisant une partie des agents, tandis que les syndicats majoritaires justifiaient des pratiques contestées.

Un appel à refonder le syndicalisme policier

Face à cette situation, l'ancien dirigeant syndical appelle à un sursaut. Il souhaite que les policers retrouvent le sens de leur mission de service public et que les organisations syndicales cessent de flatter les instincts les plus répressifs pour renouer avec une défense professionnelle et républicaine. Il prône la transparence sur les dérives, la formation continue aux droits humains et la mise en place d'une instance indépendante de contrôle des violences policières. Sans ces réformes, prévient-il, la police française risque de s'enfoncer dans une crise de légitimité aux conséquences graves pour la démocratie.

Une voix minoritaire mais persistante

Jean-Louis Arajol ne se fait guère d'illusions sur l'audience de son discours au sein de l'institution. Il sait que ceux qui partagent son analyse sont « ultra-minoritaires ». Mais il continue de porter ce message, convaincu que la majorité silencieuse des policiers, si elle n'ose pas s'exprimer, aspire à un retour à une police républicaine apaisée. Son association Police République et Citoyenneté entend offrir une plateforme à ces agents et leur permettre de s'organiser pour peser sur les évolutions à venir, malgré le poids des appareils syndicaux dominants.