L'administration Trump a recours à des citations de la Bible pour justifier des politiques controversées, allant des opérations militaires à l'étranger aux raids migratoires sur le sol américain. Plusieurs membres du cabinet présidentiel se sont appuyés sur des versets bibliques pour encadrer ces actions, un phénomène qui interroge sur le rôle de la religion dans la gouvernance.
Un discours mêlant foi et politique
Lors d'une réunion du cabinet à la Maison-Blanche en février 2025, le secrétaire au Logement et au Développement urbain, Scott Turner, a prononcé une prière alors que d'autres hauts responsables, dont les secrétaires d'État Marco Rubio et à la Défense Pete Hegseth, inclinaient la tête. Cette image illustre l'atmosphère religieuse qui imprègne l'exécutif.
Pour l'invasion du Panama, un haut responsable a cité la Genèse 1:28, où Dieu dit à l'humanité : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. » Ce verset a été présenté comme une justification divine de l'intervention américaine.
Les raids migratoires et l'image du « bon Samaritain »
Dans le domaine de l'immigration, des responsables ont convoqué la célèbre parabole du bon Samaritain (Luc 10:25-37) pour appuyer les opérations d'arrestation massive. Ils interprètent cette histoire comme un appel à protéger les citoyens américains, en affirmant que les migrants irréguliers représentent une menace. Cette lecture a été critiquée par des religieux qui y voient une distorsion du message d'accueil du texte.
Un précédent : le discours de Jeff Sessions
Ce recours à la Bible n'est pas entièrement nouveau. En 2018, le procureur général de l'époque, Jeff Sessions, avait cité Romains 13 pour justifier la séparation des familles à la frontière. Le passage évoque l'obéissance aux autorités, et Sessions l'avait utilisé pour défendre la politique de « tolérance zéro » en matière d'immigration.
Réactions et critiques
Des experts en religion et des représentants de diverses confessions contestent ces interprétations. Selon eux, l'administration manipule des textes sacrés à des fins politiques. « Utiliser la Bible pour justifier la guerre ou l'expulsion de migrants trahit son message fondamental de compassion et de justice », résume un spécialiste interrogé.
Implications pour la séparation de l'Église et de l'État
Cette pratique relance le débat sur la laïcité et la séparation de l'Église et de l'État. Des critiques estiment que cette instrumentalisation de la religion par l'exécutif franchit une ligne rouge, en mêlant étroitement foi et décisions politiques. D'autres, au contraire, y voient l'expression légitime de valeurs spirituelles dans la sphère publique.
L'administration Trump n'a pas commenté officiellement ces critiques, mais son entourage continue de citer la Bible lors de diverses annonces politiques, creusant le clivage entre partisans d'un État religieux et défenseurs d'un État laïque.