L’encyclique Magnifica Humanitas, publiée par le pape Léon XIV en mai 2026, était présentée comme le texte de référence de l’Église catholique sur l’intelligence artificielle (IA). Pourtant, plusieurs observateurs estiment que ce document, loin d’être à la hauteur des enjeux, reste « daté » et passe à côté des questions les plus fondamentales soulevées par les récentes avancées technologiques.

Un document jugé trop proche des débats d’il y a quatre ans

Si le texte est salué pour avoir justement identifié certains problèmes réels — comme la « course aux algorithmes toujours plus puissants et aux ensembles de données toujours plus vastes, motivée par la volonté de dominer sur le plan géopolitique ou commercial » —, il est également perçu comme un simple copier-coller des discussions qui animaient les comités d’éthique de l’IA en 2022. Magnifica Humanitas se concentre ainsi sur des thèmes déjà largement explorés : la surveillance de masse, les biais algorithmiques, l’empreinte hydrique des data centers ou encore la souveraineté des données.

L’oubli majeur : la superintelligence et les risques catastrophiques

La critique la plus sévère adressée au pape porte sur l’absence totale de mention de ce que les spécialistes appellent « l’intelligence générale artificielle » (AGI) et des risques catastrophiques qui y sont associés. L’encyclique ne discute pas du fait que les grandes entreprises du secteur considèrent leur projet comme le développement non pas d’un simple outil, mais d’« une nouvelle espèce ». L’auteur de l’article souligne que le pape aurait dû au moins aborder la question de ce que les humains devraient faire « alors que nous sommes éclipsés en tant qu’entités les plus intelligentes de la planète », reprenant une interrogation formulée par l’analyste Dean Ball.

Cette absence est d’autant plus notable que le Vatican semblait pourtant avoir pris la mesure du problème auparavant. En janvier 2025, la congrégation pour la doctrine de la foi avait publié un document intitulé Antiqua et Nova qui, lui, abordait explicitement l’AGI et les risques catastrophiques. Dans Transformer, le conseiller du Vatican pour l’IA, Paolo Benanti, avait également mis en garde contre le fait que « le développement de la superintelligence ne peut être autorisé à se poursuivre sans une surveillance suffisante ». Magnifica Humanitas apparaît donc en retrait par rapport à ces positions antérieures.

Des solutions jugées insuffisantes face à l’ampleur des enjeux

Le traitement de la question de l’emploi illustre, selon les critiques, les lacunes du document. Le pape y évoque les « périls » de la perte d’emploi liée à l’IA et propose la « requalification » comme solution. Un mécanisme, estime-t-on, adapté à un chômage de faible ampleur, mais totalement inadapté aux suppressions massives d’emplois que les entreprises d’IA ambitionnent. Léon XIV mentionne aussi la nécessité de nouveaux mécanismes de taxation et la répartition des richesses à l’échelle mondiale, mais sans offrir de détails concrets. Le cofondateur d’Anthropic, Chris Olah, présent au lancement de l’encyclique, a lui-même évoqué la nécessité d’un « mécanisme de redistribution mondial » plus clairement que ne l’a fait le souverain pontife.

L’encyclique elle-même reconnaît que les nouvelles technologies comme l’IA « exigent un nouveau cadre spirituel, éthique et politique ». Mais le constat final est sans appel pour certains : ce cadre, le pape a échoué à le fournir, manquant ainsi l’occasion de proposer une vision directrice pour l’humanité face à un bouleversement technologique comparable à la révolution industrielle.