Une déclaration forte sur fond de convoitise américaine

L'émissaire américain au Groenland, Jeff Landry, a estimé le 20 mai 2026 qu'il était «temps que les États-Unis remettent leur empreinte sur le Groenland», lors d'une déclaration à l'AFP. Cette prise de parole intervient dans le cadre d'une visite non officielle sur ce territoire autonome danois, une première depuis sa nomination en décembre 2025. Landry a justifié cette position par des impératifs de sécurité nationale, affirmant que «le Groenland a besoin des États-Unis» et que l'administration Trump entend renforcer les opérations de sécurité nationale et réaffecter du personnel dans certaines bases.

Des discussions «constructives» mais sans progrès

Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a rencontré l'émissaire américain le 19 mai, ainsi que le ministre des Affaires étrangères, Mute Egede. Nielsen a qualifié les échanges de «constructifs» tout en soulignant qu'il n'y avait «aucun signe que quoi que ce soit ait changé» dans la position de Washington. Les autorités groenlandaises et danoises rappellent que seul le Groenland peut décider de son avenir. Le gouvernement groenlandais n'a pas de projet d'indépendance immédiat, bien qu'une majorité de la population y soit favorable à terme, en raison de la forte dépendance économique vis-à-vis du Danemark.

Un renforcement militaire en vue

L'armée américaine ne dispose actuellement que d'une seule base au Groenland, Pituffik, dans le nord du territoire. À son apogée pendant la Guerre froide, les États-Unis comptaient 17 installations sur l'île. Selon des informations de presse, Washington souhaite ouvrir trois nouvelles bases dans le sud du Groenland. Un pacte de défense de 1951, actualisé en 2004, autorise déjà les États-Unis à déployer davantage de troupes et à renforcer leurs infrastructures militaires, sous réserve d'en informer le Danemark et le Groenland.

Les enjeux géostratégiques

Le Groenland revêt une importance stratégique majeure pour les États-Unis. Il se situe sur l'itinéraire le plus court entre la Russie et le territoire américain pour les missiles. L'île recèle également des gisements inexploités de terres rares, et la fonte des glaces polaires ouvre de nouvelles voies maritimes. Donald Trump a répété que le Groenland ne devait pas tomber sous influence chinoise ou russe. Un groupe de travail américano-danois-groenlandais a été mis en place en janvier pour répondre aux préoccupations américaines.

Tentative de raviver les espoirs d'indépendance

Dans un entretien au quotidien groenlandais Sermitsiaq, Jeff Landry a tenté de relancer les aspirations indépendantistes des Groenlandais. Il a déclaré : «Je pense qu'il existe des opportunités incroyables qui pourraient permettre aux Groenlandais de passer de la dépendance à l'indépendance». Cette approche suscite des controverses sur place, la visite de l'émissaire n'ayant pas été officiellement sollicitée.