L’industrie manufacturière en Asie de l’Est subit les premières conséquences majeures du conflit au Moyen-Orient avec une pénurie croissante de naphta, un dérivé pétrolier utilisé dans une multitude de produits, des emballages plastiques aux encres industrielles en passant par les dispositifs médicaux.

Si les craintes mondiales se sont d’abord concentrées sur la flambée des prix du pétrole brut et du carburant, c’est le naphta qui constitue désormais le principal choc d’approvisionnement pour le Japon et la Corée du Sud. Ces deux pays dépendent fortement des importations de naphta en provenance du Qatar et du Koweït, leurs exportations étant bloquées depuis plus de deux mois par le blocus du détroit d’Ormuz. Même le naphta raffiné localement provient souvent de pétrole brut ayant transité par ce détroit stratégique.

Des emballages réduits pour économiser l’encre

Au Japon, les conséquences sont déjà visibles dans les rayons des supermarchés. Le géant agroalimentaire Calbee a annoncé qu’il ne pouvait plus garantir un approvisionnement stable en naphta et a décidé de supprimer les couleurs de ses emballages de chips pour économiser l’encre, passant à un design en noir et blanc. Cette mesure illustre l’impact direct du conflit sur les biens de consommation courante.

Menace sur la production plastique en Corée du Sud

En Corée du Sud, la pénurie de naphta a déjà entraîné l’arrêt partiel de la production de produits chimiques de base nécessaires à la fabrication de plastiques. Les autorités et les industriels des deux pays tentent de trouver d’urgence des sources d’approvisionnement alternatives avant le mois de juin, date à laquelle certains experts redoutent une aggravation des pénuries affectant plus largement l’industrie manufacturière.

Un choc économique en chaîne

« En Asie de l’Est, le naphta est le principal mécanisme par lequel les chocs d’approvisionnement du Moyen-Orient se transmettent déjà à l’économie », explique Toby Whittington, économiste en chef du cabinet de conseil Oxford Economics. « Il alimente tout. C’est pourquoi cela commence à frapper si durement les économies. »

La recherche de solutions de rattrapage est compliquée par le fait que la demande mondiale de naphta reste élevée et que les alternatives disponibles sont limitées. Les raffineries asiatiques qui traitent du pétrole brut non soumis au blocus pourraient partiellement compenser, mais les volumes restent insuffisants pour combler le déficit.

Qu’est-ce que le naphta ?

Le naphta est un mélange d’hydrocarbures liquides issu du raffinage du pétrole brut. Il sert de matière première pour produire des plastiques, des résines, des fibres synthétiques, des encres, des solvants et de nombreux autres produits industriels. Sa pénurie a donc des répercussions en cascade sur l’ensemble des chaînes de valeur, depuis l’emballage alimentaire jusqu’aux équipements médicaux.

Alors que les négociations diplomatiques autour du conflit se poursuivent, l’industrie asiatique retient son souffle. Sans reprise des exportations via le détroit d’Ormuz, le manque de naphta pourrait contraindre à des arrêts de production plus étendus à partir de juin, affectant non seulement les fabricants mais aussi les consommateurs finaux confrontés à des ruptures de stocks et à une hausse des prix.