Le Vatican a publié une encyclique de 250 pages intitulée « Magnifica Humanitas » — « humanité magnifique » — qui constitue le premier document officiel de l'Église catholique consacré à l'intelligence artificielle. Loin de se limiter à une mise en garde contre les dangers de la technologie, le texte, signé par le pape Léon XIV, défend la nature humaine dans ce qu'elle a de plus imparfait et met en garde contre la tentation de confier aux ordinateurs des capacités propres à l'homme.
Une défense de la finitude
L'un des arguments les plus marquants de l'encyclique est l'affirmation que l'humanité est fondamentalement bonne, non pas en dépit de ce qui la distingue des machines, mais précisément à cause de ces différences. « La finitude, lorsqu'elle est réellement acceptée, ne nous diminue pas mais nous ouvre à la reconnaissance du visage de Dieu et des autres », écrit le pape. Il ajoute que « c'est précisément parce que nous faisons l'expérience de limites — vulnérabilité, souffrance et échec — que nous pouvons reconnaître la dignité inviolable de chaque personne, la nôtre et celle des autres ».
Cette approche constitue une rupture radicale avec le discours dominant dans certains cercles de la Silicon Valley, où des voix influentes jugent les humains limités et envisagent de confier toujours plus de décisions — y compris morales — à une intelligence artificielle supérieure. Le pape s'inquiète de toute volonté de laisser les machines usurper les facultés humaines de raison, de créativité, de compassion et de soin envers autrui.
Une mise en garde contre l'outsourcing moral
Le souverain pontife souligne que les créateurs et utilisateurs d'IA délèguent déjà à la technologie des choix à forte portée morale : algorithmes décidant des embauches, du financement d'opérations chirurgicales ou du ciblage de bombes. Il alerte sur le fait que cette pratique atrophie la capacité des personnes à résoudre ces problèmes par elles-mêmes et, plus inquiétant encore, concentre entre les mains de ceux qui entraînent et contrôlent les systèmes d'IA une influence décisive sur ces choix. En conséquence, ce sont les philosophies morales des gourous de la technologie qui guideraient de plus en plus les décisions éthiques de la société.
Une tradition chrétienne de critique technique
« Magnifica Humanitas » n'est pas un document luddite. Il s'inscrit dans une longue tradition de critiques chrétiennes envers des technologies éblouissantes qui comportent pourtant des risques. L'encyclique rappelle que la révolution industrielle, tout en accroissant considérablement la productivité, a également catalysé de nouvelles formes d'exploitation au profit d'une poignée de capitalistes. Le pape cite en écho le poème « Jérusalem » de William Blake (1804) qui évoque « ces sombres moulins sataniques ».
Art, imperfection et beauté
Le pape Léon XIV oppose également à l'idéal technique de perfection la nature même de l'art et de la littérature. Il note que la littérature produite par l'IA est terne et dépourvue de réelle profondeur. Un robot conversationnel peut imiter le style d'un Dostoïevski, mais ne peut saisir, comme lui, comment le péché met en relief la bonté de manière déchirante. La perfection, insiste le pape, est inhumaine, et toute prétention à l'atteindre est à la fois vouée à l'échec et mal conçue.
Un contexte de défiance envers l'humain
Cette encyclique paraît à un moment où la foi dans le jugement, la bonté et l'ingéniosité humaines semble attaquée. Certaines des voix les plus puissantes de la Silicon Valley s'interrogent sur la valeur de l'humanité elle-même. Le pape répond en affirmant que c'est précisément l'imperfection humaine — source de compassion et de beauté — qui mérite d'être défendue.