Une date fixée pour un procès historique

La Cour pénale internationale (CPI) a fixé au 30 novembre prochain l’ouverture du procès de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, accusé de crimes contre l’humanité. Agé de 81 ans, il est le premier ancien chef d’État asiatique à être traduit devant cette juridiction. Détenu à La Haye depuis son arrestation le 11 mars 2025 à l’aéroport de Manille, il est poursuivi pour trois chefs de crimes contre l’humanité : le meurtre, la torture et le viol.

Ces accusations portent sur la période du 1er novembre 2011 au 16 mars 2019, qui couvre à la fois son mandat de maire de Davao et la première moitié de sa présidence (2016-2022). Les faits reprochés s’inscrivent dans le cadre de la sanglante « guerre contre la drogue » qu’il a menée, d’abord comme maire, puis comme chef de l’État.

« Décennies de meurtres » : l’acte d’accusation

Selon l’accusation, Duterte aurait agi en tant que « co-auteur indirect », utilisant des policiers et des tueurs à gage pour « neutraliser » des personnes qualifiées de criminelles. Cette tactique faisait partie de l’opération « Double Barrel », son programme phare de lutte contre la drogue. Le procureur de la CPI, Julian Nicholls, a déclaré lors d’une audience préliminaire en février : « Des décennies à assassiner son propre peuple, à assassiner les enfants des Philippines, et il prétend l’avoir fait pour son pays. Il ne le nie pas. »

En tant que président, Duterte a ouvertement encouragé la police à abattre les suspects de trafic et de consommation de drogue. Les exécutions, souvent perpétrées dans la rue ou dans des ruelles par des hommes non identifiés, ont suscité l’indignation internationale. Des organisations de défense des droits humains estiment que jusqu’à 30 000 personnes pourraient avoir été tuées durant cette campagne. Le bureau du procureur de la CPI avait précédemment allégué qu’il était impliqué dans au moins 76 meurtres. Les victimes étaient souvent de petits revendeurs issus des quartiers pauvres, tandis que les gros trafiquants étaient épargnés, selon les mêmes sources.

Position de Duterte : déni et contestation de la compétence

Rodrigo Duterte a refusé de reconnaître la légitimité de la CPI, arguant que les Philippines s’étaient retirées du Statut de Rome – le traité fondateur de la Cour – pendant son mandat. Il a également renoncé à son droit d’être présent dans la salle d’audience. Lors d’une vidéo filmée alors qu’il était emmené à La Haye, il a déclaré : « Quelle est la loi et quel est le crime que j’ai commis ? » Son avocat a indiqué qu’il maintenait son innocence et qualifiait les accusations de « mensonge outrageant ».

Le contexte politique de l’arrestation

L’arrestation de Duterte en mars 2025 a été le résultat d’un revirement politique spectaculaire. Initialement, le président actuel Ferdinand Marcos Jr. avait refusé toute coopération avec la CPI. Mais après la rupture de l’alliance électorale entre les familles Marcos et Duterte, Manille a changé de position. Les partisans de Duterte accusent désormais Marcos d’utiliser la CPI comme un instrument politique. Le jour même de l’audience de confirmation des charges, le 23 février, les familles des victimes de la guerre contre la drogue ont manifesté devant la Cour.

Un héritage controversé mais une popularité persistante

Rodrigo Duterte reste populaire dans certaines régions, notamment à Davao, où il a remporté l’élection municipale de 2025 par une large majorité. Sa fille, Sara Duterte, est l’actuelle vice-présidente des Philippines. Son fils, Sebastian Duterte, vice-maire de Davao, a vivement critiqué le procès de son père, dénonçant sur Facebook une « poursuite sélective déguisée en supériorité morale ».

Le procès qui s’ouvre le 30 novembre marque une étape judiciaire sans précédent pour un ancien chef d’État asiatique et pourrait établir une jurisprudence importante en matière de responsabilité pénale des dirigeants pour des campagnes de massacres de masse.