Alors que l’intelligence artificielle transforme le monde du travail, une catégorie professionnelle particulièrement exposée ne reste pas les bras croisés. Les assistantes administratives, qui représentent l’une des dix professions les plus féminisées aux États-Unis, sont en première ligne face aux craintes de remplacement par l’IA. Selon une étude récente de la Brookings Institution, 86 % des travailleurs les plus vulnérables à une perte d’emploi liée à l’IA sont des femmes, dont une grande partie occupe des postes de secrétariat ou de soutien administratif.

Un congrès sous le signe de la formation

Le rendez-vous annuel des professionnelles de l’administration, l’Administrative Professionals Conference, illustre cette mutation. Les sessions consacrées à l’intelligence artificielle y connaissent un engouement croissant. Parmi les ateliers proposés cette année figurent des formations sur l’utilisation d’outils tels que Microsoft Copilot ou Google Gemini, ainsi que des cours dédiés à l’art de concevoir des instructions précises pour les IA (le « prompt engineering ») dans le cadre d’un poste d’assistant de direction. Une session intitulée « Amplifiez votre impact : utilisez l’IA pour travailler plus intelligemment, pas plus dur » résume l’esprit du moment.

Debra Coleman, qui anime le cours sur Gemini lors de ce congrès, témoigne de l’évolution rapide des mentalités. Selon elle, la fréquentation de ces formations a explosé en l’espace de quelques années. « Il y a encore peu de temps, le sentiment général était : “Nos emplois sont cuits” », explique-t-elle. Aujourd’hui, la tendance est à l’adaptation proactive : les assistantes ne veulent plus attendre passivement l’impact de la technologie sur leur métier.

Une profession très féminine face à la révolution technologique

Ces craintes ne sont pas infondées. Les postes administratifs et de secrétariat figurent parmi les plus susceptibles d’être automatisés ou profondément modifiés par l’IA générative. La forte proportion de femmes dans ces métiers – l’un des dix secteurs où la concentration féminine est la plus élevée – expose particulièrement cette main-d’œuvre aux bouleversements à venir.

Plutôt que de subir, les travailleuses concernées choisissent donc d’acquérir de nouvelles compétences. L’apprentissage des outils d’IA est perçu non seulement comme un moyen d’améliorer sa productivité, mais aussi comme une stratégie de sécurisation de l’emploi. En maîtrisant ces technologies, les assistantes espèrent se rendre indispensables dans un environnement de travail en pleine recomposition.

Un mouvement de fond

L’attitude des assistantes administratives reflète une prise de conscience plus large dans les métiers exposés à l’automatisation. Plutôt que d’attendre une décision venue d’en haut, elles investissent massivement dans la formation continue. Les sessions dédiées à l’IA affichent régulièrement complet, signe que la demande est forte et que la profession ne compte pas se laisser dépasser.

Ce mouvement pourrait avoir des implications importantes pour l’avenir du travail. Il montre que la transition vers une économie intégrant l’IA ne se fera pas uniquement par le remplacement des emplois, mais aussi par leur transformation, à condition que les travailleurs aient accès à la formation nécessaire. Les assistantes administratives, en se formant dès aujourd’hui, posent les bases d’une adaptation qui pourrait faire école dans d’autres secteurs.

Un enjeu de genre et de politique publique

Au-delà de l’aspect individuel, cette situation pose la question des politiques de soutien à la reconversion. Les données de la Brookings Institution soulignent que ce sont majoritairement des femmes qui sont en première ligne. Sans mesures d’accompagnement adaptées, le risque est grand que la révolution de l’IA creuse davantage les inégalités de genre sur le marché du travail. Mais l’initiative des assistantes elles-mêmes montre que la volonté d’adaptation existe, et qu’elle peut être un levier pour une transition plus équitable.