Le gouvernement néerlandais a annoncé mardi 26 mai 2026 le blocage du rachat du fournisseur de services cloud Solvinity par la société américaine Kyndryl, une transaction évaluée à 100 millions d'euros (113 millions de dollars). La décision, fondée sur un avis du Bureau néerlandais d'examen des investissements, a été motivée par des considérations d'intérêt public, dans un contexte de préoccupations croissantes en Europe concernant la dépendance aux technologies américaines.

Première opposition à un rachat américain

Il s'agit de la première fois que le Bureau d'examen des investissements néerlandais bloque une acquisition en provenance des États-Unis depuis sa mise en place en 2020. La proposition de rachat avait suscité l'opposition de parlementaires et d'activistes, en raison du rôle clé de Solvinity dans l'infrastructure numérique sensible du pays. La société assure notamment l'hébergement de DigiD, le système d'identité numérique utilisé par les citoyens néerlandais pour accéder à des informations médicales, de retraite et fiscales.

Les critiques craignaient qu'une propriété américaine n'expose l'entreprise à des pressions de la part des autorités des États-Unis, notamment des demandes juridiques ou de renseignement. Le gouvernement néerlandais n'a pas détaillé publiquement les raisons exactes pour lesquelles la propriété américaine a été jugée contraire à l'intérêt public.

Position du gouvernement

Dans une lettre adressée au Parlement, la secrétaire d'État aux Affaires économiques, Willemijn Aerdts, a déclaré que les Pays-Bas attachent une grande importance à la présence d'entreprises technologiques étrangères, y compris américaines, et à leur contribution à l'économie et aux infrastructures numériques néerlandaises. "Dans le même temps, les Pays-Bas appliquent un cadre indépendant d'examen des investissements dans le cadre de la loi sur le contrôle indésirable dans les télécommunications, qui vise uniquement à protéger l'intérêt public et s'applique à tous les investisseurs, quel que soit leur pays d'origine", a-t-elle écrit.

Réaction de Kyndryl

Kyndryl, l'ancienne division d'infrastructure d'IBM, a critiqué cette décision, la qualifiant de politisée. L'entreprise n'a pas indiqué si elle entendait contester la décision par voie judiciaire.

Contexte européen de souveraineté numérique

Ce blocage s'inscrit dans une tendance plus large aux Pays-Bas et en Europe visant à renforcer la souveraineté numérique, les gouvernements cherchant à conserver un contrôle national ou européen sur les infrastructures critiques de cloud, de données et de numérique. L'affaire intervient alors que les préoccupations concernant la dépendance du continent vis-à-vis des géants technologiques américains s'intensifient.

Le Bureau d'examen des investissements néerlandais a été créé pour évaluer les acquisitions étrangères dans des secteurs sensibles. L'opposition à ce rachat illustre la volonté croissante des États membres de l'Union européenne d'utiliser leurs outils de filtrage pour protéger leurs intérêts stratégiques, même lorsque les investisseurs proviennent d'alliés comme les États-Unis.

Prochaines étapes

Pour l'instant, Solvinity reste sous contrôle néerlandais. Aucune nouvelle offre de rachat n'a été annoncée. Cette décision pourrait avoir un effet dissuasif sur d'autres opérations de fusion-acquisition impliquant des acteurs américains et des fournisseurs européens d'infrastructures numériques critiques.