Un tunnel cyclable menacé

À Nice, le nouveau maire Éric Ciotti (Union des droites pour la République, UDR), allié au Rassemblement national (RN), envisage de rouvrir aux voitures un tunnel actuellement dédié aux cyclistes. Ce souterrain de quelques dizaines de mètres relie la piste cyclable du centre-ville à celle de la promenade des Anglais. Depuis sa transformation en axe 100 % cyclable en 2020, il constitue l’un des raires itinéraires continus et sécurisés entre la ville et le front de mer.

Laurent Merengone (RN), élu délégué à la circulation, justifie ce projet par « une demande des citoyens ». Il affirme que des livreurs, des taxis et même des pompiers se plaignent d’être bloqués dans la rue parce que l’une des deux voies est réservée aux cyclistes. La réouverture prochaine du Palais de la Méditerranée, situé à proximité, après sept mois de travaux, est également avancée comme un motif de congestion supplémentaire. « Des centaines de personnes sortiront des spectacles vers 23 heures par le parking du palais », explique l’élu.

Un projet défendu par la majorité

La municipalité affirme que quelques travaux suffiraient à rouvrir le tunnel aux automobiles. Selon Laurent Merengone, « les ingénieurs de la circulation sont plutôt pour. Les services de la voirie sont plus mitigés. » Il indique qu’une modification des feux de signalisation a été envisagée pour fluidifier le trafic, et qu’une ouverture exceptionnelle du tunnel aux véhicules lors de « situations critiques » pourrait être étudiée. Les modalités précises et le coût de l’aménagement ne sont pas encore connus, et les travaux n’ont pas été actés à ce stade.

L’opposition des cyclistes

Ce retour en arrière fait bondir les associations de cyclistes. Antonio Barros, membre de Nice à vélo, juge que « ce serait dommage de revenir en arrière sur un aménagement qui fonctionne bien ». Selon lui, la solution ne consiste pas à supprimer un équipement utile au quotidien pour des événements ponctuels. L’association a mis en ligne une pétition qui a déjà recueilli près de 8 000 signatures, réclamant le maintien du tunnel 100 % cyclable.

Un cycliste régulier, Nicolas Boirot, témoigne apprécier cet aménagement « large et pratique » qui lui permet de rejoindre rapidement le bord de mer en sécurité. Il souhaite qu’une alternative sécurisée soit garantie si les voitures revenaient. En attendant, Laurent Merengone assure que les cyclistes « seront les bienvenus dans le tunnel avec les voitures » ou pourront « reprendre la route, comme les automobilistes », une voie à trois files parmi les plus empruntées de la ville.

Des modalités encore floues

En 2024, en moyenne 860 cyclistes empruntaient chaque jour ce souterrain, avec des pointes à plus de 1 000 en été. Les compteurs ont cessé d’enregistrer des données depuis des travaux en septembre 2025. Symbole de la transformation du tunnel en espace cyclable, des palmiers avaient été installés à son entrée côté mer ; ils pourraient disparaître avec le retour des automobiles. L’association Nice à vélo s’interroge également sur la conformité du tunnel aux normes actuelles si les voitures y circulaient à nouveau.

La municipalité n’a pas encore pris de décision définitive. Le débat oppose une majorité municipale soucieuse de répondre à ce qu’elle perçoit comme une demande de fluidité automobile et des usagers du vélo qui défendent un aménagement jugé efficace et sécurisé.