Le ministère des Armées cherche à adapter ses matériels à la menace des drones, devenue centrale sur les champs de bataille contemporains. Dans ce cadre, le 5e Régiment de Cuirassiers a mené des tests de tirs anti-drones avec un char Leclerc, démontrant la capacité de ce blindé lourd à abattre un engin volant.

Des tirs de validation dans des conditions difficiles

Les essais ont eu lieu à Abou Dhabi, où le régiment est basé dans le cadre du déploiement des forces françaises aux Émirats arabes unis. Le gouverneur militaire de Strasbourg, sous l’autorité duquel opère le 5e Régiment de Cuirassiers, a détaillé les conditions de ces tirs de validation le 21 mai. « Des tirs de validation ont été réalisés sur des cibles volantes dans des conditions plus difficiles qu’au combat : axe d’approche perpendiculaire à l’axe de tir, trajectoire de vol erratique, cible plus petite ne comportant ni explosif ni carburant, le tout à une altitude supérieure à ce qui a été observé », a-t-il précisé.

Un obus transformé en « fusil de chasse »

Le système utilisé repose sur un obus à effet canalisé (OEFC) de 120 mm, pesant 11,5 kg. Marc Chassillan, ingénieur expert en système d’armes, a décrit le principe : « Le canon du Leclerc a été transformé en fusil de chasse. C’est une grosse chevrotine de fusil de chasse qui balance un millier de billes dans l’air, en espérant qu’une ou deux touchent le drone. » Cette technique permet de créer un nuage de projectiles capable d’atteindre une cible volante de petite taille.

Un dernier rempart contre les drones tactiques

L’expert a cependant nuancé la portée de cette innovation. Selon lui, utiliser un char Leclerc pour stopper un drone constitue « la solution de la dernière chance », notamment face au drone Shahed de conception russe. « Ce n’est efficace qu’à quelques centaines de mètres, c’est le dernier rempart. Ça peut fonctionner dans certaines caractéristiques, notamment face à un petit drone tactique de quelques kilomètres de portée, doté d’une petite charge explosive », a-t-il précisé.

Une modernisation intégrée dans un programme plus large

Cette capacité anti-drone s’inscrit dans le programme de modernisation du char Leclerc, qui vise à améliorer sa protection contre les mines, les engins explosifs improvisés, les roquettes et désormais les drones, conformément aux demandes du ministère des Armées. L’objectif est d’offrir aux équipages une capacité de défense rapprochée supplémentaire, face à une menace aérienne devenue omniprésente sur les théâtres d’opérations modernes.