Le Rassemblement national (RN) affiche des ambitions inédites pour les élections sénatoriales de septembre. Fort de ses bons résultats aux dernières élections municipales et de ralliements d’élus de droite, le parti de Jordan Bardella espère franchir un cap en constituant pour la première fois un groupe parlementaire au Sénat, ce qui nécessite au moins dix sénateurs.

Une stratégie de conquête élargie

Les stratèges du RN misent sur une double dynamique : d’une part, l’ancrage local renforcé par les victoires municipales, qui permet de compter davantage de grands électeurs ; d’autre part, l’attraction d’élus issus de la droite classique, séduits par la ligne souverainiste et identitaire du parti. Parmi ces ralliements potentiels figurent des membres de l’Union des droites pour la République (UDR), le petit parti fondé par Éric Ciotti après sa scission avec Les Républicains (LR).

L’objectif des dix élus

Actuellement, le RN ne compte que trois sénateurs, élus en 2020 et 2021. Pour former un groupe, il lui en faudrait au moins sept supplémentaires. Les yeux sont notamment tournés vers les départements où le parti a remporté des mairies en 2020 et 2026, comme le Pas-de-Calais, le Gard ou le Vaucluse. Les sénatoriales étant un scrutin indirect – les grands électeurs sont maires, conseillers municipaux, départementaux et régionaux –, la progression du nombre d’édiles RN est un atout décisif.

L’appoint ciottiste en question

L’UDR d’Éric Ciotti, qui revendique une ligne de « droite forte », pourrait apporter des élus supplémentaires au futur groupe RN. Plusieurs figures de ce parti, comme le député des Alpes-Maritimes, n’excluent pas une alliance technique ou une adhésion au groupe RN. Toutefois, aucune annonce officielle n’a été faite à ce stade, et le calendrier des discussions reste flou. Certains observateurs notent que cette alliance pourrait être scellée après les sénatoriales, pour éviter des tensions avec l’électorat LR traditionnel.

Les municipales comme tremplin

Aux élections municipales de 2020 et 2026, le RN a conquis plusieurs villes de taille moyenne, comme Perpignan, Fréjus, Béziers ou encore Hénin-Beaumont. Ces victoires ont augmenté le nombre de grands électeurs favorables au parti, ce qui devrait mécaniquement améliorer ses chances dans les scrutins sénatoriaux. En septembre, le RN présentera des candidats dans une quarantaine de départements, contre une vingtaine lors du précédent scrutin.

Un Sénat ancré à droite

Le Sénat est traditionnellement dominé par la droite et le centre, avec une majorité LR. Si le RN parvient à y constituer un groupe, cela modifierait l’équilibre des forces tout en renforçant la visibilité nationale du parti. Cependant, la complexité du mode de scrutin – proportionnelle dans les départements élisant trois sénateurs ou plus, majoritaire à deux tours dans les autres – rend difficile toute projection précise.

Les réactions politiques

À droite, l’éventuelle percée du RN inquiète. Plusieurs cadres LR, comme le président du Sénat, Gérard Larcher, ont appelé à ne pas laisser le RN s’implanter dans la chambre haute. De l’autre côté, à gauche, on observe ces manœuvres avec attention, tout en soulignant que la dispersion des voix pourrait favoriser des triangulaires.

Conclusion

Les sénatoriales de septembre constitueront un test électoral crucial pour le RN. La capacité du parti à transformer ses succès locaux en élus nationaux déterminera sa capacité à peser sur la vie politique française, y compris dans une institution souvent considérée comme un bastion de la droite modérée.