Péter Magyar, figure montante de l’opposition hongroise, a dévoilé ce week-end un plan en plusieurs volets visant à démanteler ce qu’il qualifie « d’État mafieux » mis en place par Viktor Orbán. Cette offensive politique, détaillée lors d’une conférence de presse à Budapest, prévoit le remplacement du chef de l’État, la révocation de nombreux dirigeants de l’administration et des entreprises publiques, ainsi que la dissolution d’organes jugés inféodés au pouvoir.
L’ancien allié du Premier ministre devenu son plus farouche adversaire a présenté un calendrier serré. Selon des documents diffusés par son parti, l’objectif est d’obtenir, d’ici la fin de la session parlementaire de printemps, « la destitution du président de la République et la mise en œuvre de 38 mesures législatives » destinées à rétablir l’État de droit.
Un plan de « purification » institutionnelle
Parmi les dispositions les plus marquantes, Magyar prévoit de destituer le président actuel, proche de l’exécutif, et de proposer un candidat indépendant issu de la société civile. Il entend également remplacer les directeurs de la télévision publique, les procureurs généraux et les présidents de la Cour constitutionnelle, accusés d’avoir « verrouillé » les institutions au profit du Fidesz.
« Nous allons ôter les masques et exposer ceux qui, derrière des apparences démocratiques, ont permis la confiscation de l’argent public et l’écrasement des libertés », a-t-il déclaré.
Le plan prévoit aussi la création d’une commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner les contrats attribués à des proches du pouvoir, notamment dans les secteurs du bâtiment et des technologies de l’information.
Des annonces qui bousculent la vie politique
Ces propositions interviennent dans un contexte de tension croissante. Viktor Orbán, bien que toujours en fonction, voit sa majorité vaciller sous l’effet de scandales de corruption et de la défection de plusieurs députés. Le parti de Péter Magyar, arrivé deuxième aux dernières élections européennes, capitalise sur un rejet populaire de la gestion gouvernementale.
Le texte législatif déposé à l’Assemblée nationale prévoit également la réduction des pouvoirs de la Cour constitutionnelle et la suppression du statut spécial des juges nommés durant l’ère Orbán, une mesure qualifiée de « revanche politique » par les soutiens du Premier ministre.
Une tournée européenne pour asseoir la légitimité
Parallèlement à ces annonces, Péter Magyar a entamé une tournée dans plusieurs capitales européennes pour présenter son projet et chercher des appuis. Il s’est entretenu avec des responsables de la Commission européenne et des parlementaires à Strasbourg, plaidant pour un soutien technique et financier à la transition démocratique.
Lors d’une rencontre à Berlin, il a obtenu des assurances de soutien politique de la part de dirigeants sociaux-démocrates et libéraux, mais aucun engagement financier concret n’a encore été officialisé.
Cette double offensive – législative à l’intérieur et diplomatique à l’extérieur – marque une accélération notable du calendrier de Péter Magyar, qui promet de « rendre la Hongrie aux Hongrois » avant la fin de l’année.
Un pari risqué
Si les sondages lui sont favorables – environ 35 % d’intentions de vote pour son mouvement – l’opposant devra composer avec une procédure parlementaire complexe et une résistance probable du Fidesz, qui dispose encore de recours pour bloquer les textes. La présidente de la République, cible du plan, a déjà qualifié la manœuvre de « tentative de coup d’État institutionnel ».
Les prochains jours seront décisifs : une motion de destitution du chef de l’État doit être examinée en commission, tandis que le gouvernement Orbán tente de mobiliser ses derniers bastions.