Les températures estivales records qui frappent l'Europe ces dernières années poussent une partie de la population à envisager l'installation de climatiseurs, un équipement longtemps boudé sur le Vieux Continent. Si l'Allemagne reste l'un des pays où le taux d'équipement est le plus faible, la tendance s'inverse nettement, y compris dans des régions historiquement épargnées comme la Scandinavie.

L'un des premiers recours pour ceux qui cherchent à se rafraîchir est un type d'appareil peu répandu ailleurs dans le monde : un monolithe d'environ un mètre de haut, doté d'un large tuyau d'évacuation destiné à être placé par une fenêtre. Ces dispositifs, souvent achetés dans l'urgence lors d'un week-end caniculaire, présentent des défauts majeurs. Les experts, comme le responsable de l'efficacité énergétique à l'Agence internationale de l'énergie, expliquent que ces achats impulsifs conduisent fréquemment à une installation médiocre. « Beaucoup de gens laissent l'espace autour du tuyau d'évacuation ouvert, laissant ainsi l'air chaud rentrer directement », détaille-t-il. Ces climatiseurs mobiles sont jugés peu performants et énergivores.

Des villes et des logements inadaptés

Au-delà du choix des appareils, c'est la conception même des bâtiments européens qui pose problème. Au Royaume-Uni, les habitations anciennes sont souvent mal isolées et se transforment en fournaises dès que la température grimpe. Les constructions récentes n'échappent pas à la critique. Un consultant en développement durable, fondateur du groupe de pression Shade the UK, note que les grandes tours de verre qui poussent dans les métropoles sont conçues pour retenir la chaleur et maximiser la lumière. « Les gens emménagent dans ces appartements en hiver pour découvrir, l'été, que c'est une fournaise », témoigne-t-il. Le comité britannique sur le changement climatique, organe consultatif du gouvernement, a dressé un constat sans appel dans un rapport publié récemment : « Le Royaume-Uni a été bâti pour un climat qui n'existe plus. »

La situation est similaire en France, où les toits en zinc, qui couvrent près de 80 % des immeubles parisiens, créent des conditions de chaleur accablante pour les occupants des étages supérieurs. Les tours en béton des banlieues sont également décrites comme des pièges thermiques, accentuant les inégalités face à la chaleur.

Un marché en pleine expansion

Les ventes de climatiseurs de tous types grimpent en Europe. Un journaliste basé à Londres depuis 25 ans rapporte n'avoir jamais entendu personne évoquer l'achat d'un tel équipement jusqu'à une date récente, avant que trois connaissances ne mentionnent, spontanément, le même jour de forte chaleur, avoir fait l'acquisition d'un appareil ou y réfléchir sérieusement.

Cette hausse de la demande interroge sur la capacité du continent à concilier confort thermique et impératifs écologiques. Les climatiseurs mobiles, très énergivores, pourraient aggraver la consommation d'électricité lors des pics de chaleur, tandis que des solutions alternatives, comme le végétalisation des villes ou l'amélioration de l'isolation, peinent à être déployées à grande échelle. Les autorités et les urbanistes sont désormais confrontés à un double défi : adapter le bâti existant et encourager des technologies de refroidissement plus sobres, afin d'éviter que la réponse à la canicule ne devienne elle-même un facteur de réchauffement.