Une vie consacrée aux tortues

Mona Khalil, âgée de 76 ou 77 ans selon les sources, a succombé vendredi à ses blessures, plusieurs jours après avoir été hospitalisée. Sa maison située sur la plage de Mansouri, près de la ville de Tyr dans le sud du Liban, avait été endommagée lors d'attaques israéliennes. L'annonce de son décès a été confirmée par des organisations environnementales locales.

Née à Lagos, au Nigeria, en 1949, Khalil avait passé plusieurs années à l'étranger avant de s'installer au Liban. En 1999, une rencontre fortuite avec une tortue venue pondre sur la plage de Mansouri a changé sa vie. Prenant conscience des menaces pesant sur les populations de tortues marines au Liban, elle a décidé de leur consacrer son existence. Elle est revenue définitivement au pays, quittant les Pays-Bas où elle avait trouvé refuge pendant la guerre civile libanaise.

En 2000, elle a participé à la création du projet Orange House, une initiative écotouristique et de conservation surplombant la plage de Mansouri. Ce qui n'était au départ qu'une petite maison d'hôtes est devenu un centre d'éducation environnementale, de protection de la faune et de recherche marine, attirant des volontaires et visiteurs du monde entier.

Khalil a passé des années à surveiller les sites de nidification des tortues caouannes et vertes, deux espèces menacées par le développement côtier, la pollution plastique, les filets de pêche et la pollution lumineuse. Elle a également documenté la vie marine et milité contre la pollution du littoral libanais, contribuant à faire reconnaître une partie de ce littoral comme zone protégée.

Un engagement maintenu malgré les conflits

Amis et collègues soulignent que Khalil n'a jamais abandonné son action, même lorsque le sud du Liban était en proie aux violences. Sa maison avait déjà été endommagée pendant la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, mais elle avait refusé de quitter la plage qu'elle protégeait depuis des années.

"Elle s'est retranchée chez elle, ne recevant personne, convaincue d'être en sécurité parce qu'elle était une civile", a déclaré Maha Joumaa, militante écologiste et amie de Khalil, citée par des médias locaux. "Elle a absolument refusé d'être déplacée, ce qui était cohérent avec son caractère déterminé."

Hisham Younes, fondateur et président de l'organisation Green Southerners, a rendu hommage à "une défenseuse de l'environnement profondément engagée", qui parlait de la plage "comme d'une personne". "Son lien avec le coucher du soleil, son lien avec l'eau et les tortues... elle était vraiment attachée à la conservation, à l'âme, à l'esprit de la conservation", a-t-il ajouté.

Vague d'attaques et inquiétudes pour la paix

La mort de Mona Khalil survient dans un contexte d'intensification des frappes aériennes israéliennes sur le sud du Liban. Vendredi, les bombardements ont fait au moins 50 morts et des dizaines de blessés, selon des bilans provisoires, et ce malgré les efforts diplomatiques en cours pour maintenir une trêve régionale fragile.

L'association Live Love Tyre a exprimé sa tristesse dans un communiqué sur Facebook : "C'est avec une profonde tristesse que nous pleurons le décès de Mona Khalil aujourd'hui. Elle restera dans les mémoires à travers un héritage incroyable. Tout au long de cette épreuve, Mona a choisi de rester et de prendre soin des tortues. Sa vie a été altruiste et marquante."

Fadia Joumaa, journaliste et volontaire ayant travaillé en étroite collaboration avec Khalil, a écrit dans un hommage : "Tu nous as quittés mais tu restes en nous, nous, tes enfants. Sa mort est une perte pour tout le Liban, pas seulement pour nous. Une perte pour la vie que tu as si fidèlement gardée."

L'armée israélienne n'a pas répondu aux demandes de commentaires concernant les circonstances de l'attaque ayant blessé Khalil.