Le 11 février 2026, la Cour de cassation a définitivement clos l’enquête judiciaire sur la mort d’Adama Traoré en confirmant le non-lieu rendu en faveur des trois gendarmes impliqués dans son interpellation. Cette décision, la plus haute instance de l’ordre judiciaire français, a mis un terme à près de dix années de procédures. La famille du jeune homme a cependant annoncé son intention de saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour « faire condamner la France », estimant que les voies de recours internes étaient épuisées mais que la responsabilité de l’État restait engagée.
Ce samedi 4 juillet, à l’appel du Comité vérité et justice pour Adama, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Paris et dans d’autres villes de France pour marquer le dixième anniversaire de ce drame. Sous la bannière « Continuer le combat », les participants ont rappelé que l’affaire Traoré n’était pas seulement une histoire individuelle, mais le symbole d’un problème structurel de violences policières dans le pays. Des élus locaux, des représentants d’associations et des proches ont pris la parole pour souligner que le combat judiciaire, bien que perdu sur le plan national, avait permis de mettre en lumière des pratiques qui, selon eux, perdurent.
Un travail de documentation porté par la société civile Au-delà du verdict de la Cour de cassation, l’héritage du « combat Adama » réside dans le travail de terrain mené par le collectif éponyme et d’autres organisations. Depuis 2016, des dizaines de signalements, de rapports et de mobilisations ont contribué à documenter les violences commises par les forces de l’ordre. Des autopsies contestées aux expertises indépendantes, en passant par les enquêtes journalistiques, l’affaire a servi de révélateur sur les lacunes de l’enquête initiale et sur les difficultés qu’éprouvent les familles à obtenir la vérité judiciaire. Les proches d’Adama Traoré ont souligné que ce travail de documentation a permis de faire évoluer le débat public, même si les réformes concrètes peinent à voir le jour.
Une mémoire qui ne s’éteint pas Le rassemblement de ce 4 juillet s’est voulu à la fois commémoratif et revendicatif. Dans plusieurs interventions publiques, des figures associatives ont insisté sur la nécessité de ne pas oublier les « morts sous silence » et de continuer à exiger des comptes. « Il ne s’agit pas seulement d’Adama, mais de tous ceux et celles qui ont subi des violences et n’ont pas eu de réponse », a déclaré un porte-parole du collectif. La manifestation s’est déroulée dans le calme, sans incident signalé, et s’est conclue par un appel à une vigilance citoyenne accrue face aux pratiques policières.
Un contexte toujours marqué par les tensions La date du 4 juillet a été choisie pour coïncider avec le dixième anniversaire de l’interpellation fatale, survenue quelques jours plus tard, le 19 juillet 2016. Ce décalage temporel permettait d’organiser la mobilisation un week-end. Les autorités n’ont pas communiqué de bilan officiel de la participation, mais les organisateurs ont estimé que la mobilisation était « significative ». Les revendications portées incluent notamment la réforme des procédures d’interpellation, l’indépendance des expertises médico-légales et la mise en place d’un observatoire indépendant des violences policières.
Le legs judiciaire et politique Si l’épilogue judiciaire national est définitif avec le non-lieu, la saisine de la CEDH ouvre une nouvelle phase procédurale. La famille espère obtenir une condamnation de la France pour violation du droit à la vie. En parallèle, plusieurs parlementaires ont évoqué la possibilité de déposer des propositions de loi visant à renforcer les mécanismes de contrôle des forces de l’ordre. Le débat, bien que polarisé, n’a jamais été aussi présent dans l’espace public depuis les manifestations de 2020 consécutives à la mort de George Floyd aux États-Unis.
Dix ans après, l’affaire Adama Traoré reste ainsi un point de référence pour toutes les mobilisations contre les violences policières en France. Le combat se poursuit, sur le terrain judiciaire comme dans la société civile, pour que la mémoire du jeune homme ne soit pas vaine.