Alors que le conflit au Moyen-Orient s'intensifiait, les organisateurs de l'Esports World Cup (EWC) ont pris une décision radicale fin mai : délocaliser l'événement de Riyad vers Paris en à peine six semaines. Du 6 juillet au 23 août, le parc des expositions de la Porte de Versailles accueille 70 000 mètres carrés de compétitions, 2 000 joueurs répartis sur 24 jeux, et des centaines de milliers de visiteurs attendus. Un pari logistique que le vice-président e-sport d'Ubisoft, François-Xavier Deniele, qualifie de « vraiment miraculeux ».

Un déménagement express sous pression géopolitique

L'EWC, créée en 2024, se tenait jusqu'ici exclusivement dans les rues de Riyad, où elle avait bâti une infrastructure sur mesure. La guerre au Moyen-Orient a contraint les organisateurs à chercher un nouveau site capable d'accueillir sept semaines de compétition dans un délai record. La France a rapidement été choisie. Selon François-Xavier Deniele, plusieurs facteurs ont joué : « La France a su rassurer, et elle est devenue une vraie place forte. L'attractivité des visas, le travail des éditeurs, l'organisation réussie des JO ont fait partie de la décision finale. »

Le passage de témoin entre Riyad et Paris a nécessité une coordination millimétrée. Le matériel technique, les décors, les équipements de diffusion et les logements des équipes ont dû être redirigés en un temps record. « C'est une course contre-la-montre logistique », résume un responsable de l'organisation, qui préfère conserver l'anonymat. « Nous avons dû mobiliser des équipes entières pour tout démonter à Ryiad et le remonter ici, en respectant les normes françaises. »

Un programme musical et compétitif d'envergure

Pour marquer cette première édition hors d'Arabie saoudite, les organisateurs ont prévu une cérémonie d'ouverture spectaculaire, avec les artistes Theodora, DJ Snake et Aya Nakamura. Mike McCabe, directeur des opérations de l'Esports World Cup Foundation, explique que l'objectif est de « célébrer sa ville hôte » en rendant cette cérémonie « authentique », et de montrer que le championnat n'est pas uniquement e-sportif mais qu'il est « un événement culturel mondial qui rassemble à la fois le jeu vidéo, la musique, le sport et le divertissement ».

Les compétitions se déroulent sur 24 jeux différents, allant des classiques « League of Legends », « Counter-Strike 2 » ou « Dota 2 » aux titres plus récents comme « Valorant » ou « Fortnite ». Plus de 2 000 joueurs, représentant les meilleures équipes mondiales, s'affrontent pour une part de la dotation totale, estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars. Les matchs se tiennent en continu, de 10 heures à minuit, sur plusieurs scènes simultanées.

Un impact attendu pour l'esport français

Si l'organisation a été pilotée principalement par l'Esports World Cup Foundation, les acteurs français de l'esport – clubs, associations et entreprises événementielles – regrettent de n'avoir été que peu associés à la préparation. Cependant, ils anticipent des retombées très positives. « A nous d'en faire un énorme succès populaire », confie un représentant d'une association locale. L'arrivée de l'EWC à Paris est perçue comme une reconnaissance de la place de la France dans l'écosystème mondial du jeu vidéo, après le succès des Jeux olympiques de 2024.

Les tarifs des billets, accessibles dès 15 euros pour une journée en semaine, ont été conçus pour attirer un large public. Les organisateurs espèrent atteindre 500 000 visiteurs sur l'ensemble de la manifestation. La billetterie en ligne, rapidement prise d'assaut, montre l'engouement suscité par cette compétition inédite hors du Golfe.

Un test grandeur nature pour l'événementiel parisien

Au-delà de l'esport, ce transfert express sert de test pour la capacité de Paris à accueillir des événements mondiaux dans des délais très courts. La ville, qui dispose d'infrastructures comme le Paris Expo Porte de Versailles, a déjà fait ses preuves lors des JO 2024. Mais l'EWC présente des défis spécifiques : câblage réseau ultra-rapide, alimentation électrique stable pour des centaines de postes de jeu, hébergement de milliers de joueurs et équipes techniques, et gestion des flows de spectateurs sur sept semaines.

« C'est un exploit collectif », estime François-Xavier Deniele. « Tout le monde a mis du sien : les autorités françaises, les services de l'État, les opérateurs de transport, les hôteliers, les restaurateurs. Sans cette mobilisation, cela n'aurait pas été possible. »

L'Esports World Cup 2026 à Paris s'annonce donc comme un événement hors norme, tant par son ampleur que par les circonstances de sa mise en place. Les regards sont désormais tournés vers le déroulement de la compétition, qui pourrait, si elle est un succès, ouvrir la voie à une implantation plus pérenne de l'EWC en Europe.