L’administration américaine franchit une nouvelle étape dans la course à l’informatique quantique. Donald Trump a signé lundi deux décrets présidentiels qui fixent des échéances précises pour le développement d’un ordinateur quantique « scientifiquement utile » à l’horizon 2028, ainsi que pour le basculement des systèmes fédéraux les plus sensibles vers une cryptographie résistante aux attaques quantiques d’ici 2031.
Ces textes, rendus publics par la Maison-Blanche, s’inscrivent dans le prolongement du National Quantum Initiative Act adopté en 2018, lequel avait déjà doublé le budget fédéral de recherche dans le domaine. Sept ans plus tard, les nouvelles directives relèvent nettement les ambitions : il ne s’agit plus seulement d’augmenter les financements, mais d’imposer des jalons concrets à l’ensemble des agences fédérales.
Un ordinateur quantique opérationnel en deux ans
Le premier décret fixe l’objectif de disposer, dès 2028, d’un calculateur quantique capable d’effectuer des calculs « scientifiquement significatifs ». Cette formulation, volontairement large, laisse une marge d’interprétation technique, mais l’administration insiste sur le caractère impératif du calendrier. Les agences de recherche et les laboratoires partenaires devront coordonner leurs efforts pour atteindre cette cible.
Le second texte aborde le volet sécuritaire, jugé tout aussi urgent. Il impose aux ministères et aux agences fédérales de migrer leurs systèmes de chiffrement les plus exposés vers des algorithmes dits post-quantiques — ceux qui résistent à la puissance de calcul d’un futur ordinateur quantique — d’ici 2031. Cette échéance reflète la crainte que des adversaires puissent déjà collecter des données chiffrées aujourd’hui pour les déchiffrer plus tard, une fois que la technologie sera opérationnelle.
Un contexte de concurrence internationale
Ces décrets interviennent alors que plusieurs pays, dont la Chine et l’Union européenne, accélèrent leurs propres programmes quantiques. En Europe, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a déjà émis des recommandations pour préparer la transition cryptographique, sans fixer de date butoir aussi rapprochée. La décision américaine pourrait contraindre les alliés et les partenaires commerciaux à ajuster leurs propres calendriers.
Du côté des industriels, certains acteurs comme Amazon ont récemment estimé qu’une commercialisation de l’informatique quantique interviendrait dans un délai de cinq à sept ans — une projection qui coïncide avec les ambitions affichées par la Maison-Blanche. Toutefois, les experts rappellent que la route est encore longue et que les défis techniques restent nombreux.
Une politique technologique constante
Donald Trump avait posé les bases de cette stratégie dès son premier mandat. Le National Quantum Initiative Act de 2018 avait déjà doublé le budget fédéral de recherche quantique et créé un cadre de coordination entre les agences. Les nouveaux décrets ne remplacent pas cette loi, mais l’actualisent en lui donnant une dimension plus opérationnelle et plus urgente.
La Maison-Blanche a justifié ces mesures par la nécessité de maintenir la supériorité technologique américaine face à des concurrents qui investissent massivement. Aucun détail budgétaire supplémentaire n’a été communiqué pour l’instant, mais les observateurs s’attendent à ce que les agences fédérales redéploient des crédits existants pour répondre aux nouvelles priorités.
Préparer la « menace quantique »
Au-delà de l’objectif industriel, le volet cryptographique répond à une menace identifiée de longue date par les spécialistes en sécurité : un ordinateur quantique suffisamment puissant serait capable de casser la plupart des systèmes de chiffrement actuels, notamment ceux qui reposent sur la factorisation de grands nombres. La migration des infrastructures critiques — banques, réseaux électriques, communications gouvernementales — est donc perçue comme une course contre la montre.
L’échéance de 2031 pour les systèmes fédéraux les plus sensibles est jugée ambitieuse par de nombreux experts, car elle implique des changements profonds dans des architectures vieilles de plusieurs décennies. Les décrets prévoient un pilotage centralisé par l’Office of Management and Budget, en lien avec la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA), afin de coordonner les efforts des différentes administrations.