Un rebondissement inattendu secoue l'enquête sur le meurtre d'Anastasiia Berezovska, la femme soupçonnée d'avoir tenté d'assassiner un millionnaire et sa famille à Monaco. Vladyslav Reut, agent décoré du renseignement militaire ukrainien (GUR), qui avait initialement reconnu avoir abattu la suspecte, est revenu sur ses aveux lors d'une audience de détention provisoire à Kiev, jeudi. Il affirme désormais « catégoriquement » ne pas avoir commis le meurtre et en attribue la responsabilité à son coaccusé, Vitalii Zhykovych, un ancien agent du SBU, le service de sécurité ukrainien.
Un revirement lors de l'audience
Présenté au tribunal menotté, encadré par des agents lourdement armés cagoulés, Vladyslav Reut, 34 ans, a conservé sa cagoule et un masque ne laissant voir que ses yeux durant la majeure partie de l'audience. C'est dans cette configuration que le GURiste a annoncé vouloir « dire la vérité ». « J'ai combattu des ennemis en défendant mon pays, a-t-il affirmé. Je n'aurais jamais intentionnellement tué une femme civile innocente. » Il a ensuite rejeté la responsabilité du meurtre sur Vitalii Zhykovych, 50 ans, qui comparaissait dans la même enceinte pour une audience distincte.
Cette rétractation contredit directement les déclarations que Reut avait faites quelques jours plus tôt. Il avait alors mené les enquêteurs jusqu'à la tombe d'Anastasiia Berezovska, dans une zone boisée à l'ouest de Kiev, où le corps avait été dissimulé sous des branches. Le parquet avait précisé que Berezovska était entrée en Ukraine deux jours après l'explosion survenue à Monaco, avant d'être identifiée comme la principale suspecte. Elle avait traversé la frontière depuis la Pologne en bus. Les enquêteurs, alertés par les accusations, avaient rapidement remonté la piste grâce aux relevés téléphoniques de la défunte, puis identifié des transferts en espèces et en cryptomonnaies effectués par les deux hommes vers ses comptes.
Un contexte trouble
L'affaire demeure opaque. La cible de l'attentat manqué, Vadim Yermolayev, est un homme d'affaires ayant fait fortune dans le cognac et l'immobilier. Il avait renoncé à sa citoyenneté ukrainienne il y a plusieurs années et a depuis été sanctionné par Kiev pour avoir poursuivi ses activités en Crimée après l'annexion russe. Le mobile de l'attentat de Monaco n'a pas été établi. Le président Volodymyr Zelensky, interrogé jeudi soir, a indiqué qu'il présenterait « dans les prochains jours des rapports supplémentaires pertinents ».
Des accusations croisées entre les deux suspects
Selon la nouvelle version de Vladyslav Reut, les deux hommes auraient pris sa BMW pour récupérer Anastasiia Berezovska sur l'autoroute menant à Kiev, car elle « avait besoin d'être cachée ». Le récit du suspect, qui n'a pas été confirmé par les enquêteurs, place son coaccusé comme l'auteur du coup de feu mortel. Vitalii Zhykovych n'a pour l'instant pas commenté ces allégations. Les investigations se poursuivent pour déterminer les circonstances exactes du décès de la femme de 39 ans, dont le signalement avait été diffusé par Interpol.
Des enjeux pour les services de sécurité ukrainiens
Cette affaire met en lumière les liens entre des agents des services de renseignement ukrainiens et un dossier criminel à forte dimension internationale. Vladyslav Reut est un officier actif et décoré du GUR ; son coaccusé, Vitalii Zhykovych, a travaillé jusqu'à récemment pour le SBU. Leur implication présumée dans le meurtre d'une suspecte recherchée par la justice monégasque suscite des interrogations sur d'éventuelles dérives ou des opérations non contrôlées. La presse ukrainienne suit de près l'évolution de cette procédure, qui pourrait avoir des répercussions sur la réputation des services spéciaux du pays.