Le Festival international du film du Sahara a officiellement demandé au public de ne pas voir « L’Odyssée », le nouveau film de Christopher Nolan attendu cet été, dont une partie du tournage s’est déroulée à Dakhla, localité située au Sahara occidental. Cette décision, annoncée par les organisateurs de la manifestation, s’inscrit dans un contexte de contestation politique autour de ce territoire non autonome.
Le Sahara occidental est une zone dont le statut juridique demeure en suspens aux yeux des Nations unies. Il est administré en grande partie par le Maroc, tandis que la République arabe sahraouie démocratique (RASD), soutenue par le Front Polisario, en revendique la souveraineté. Les responsables du festival estiment que la présence de l’équipe de tournage à Dakhla constitue une forme de légitimation de la présence marocaine sur ce qu’ils considèrent comme un territoire occupé.
Dans leur appel au boycott, les organisateurs dénoncent ce qu’ils qualifient de « complicité culturelle » avec la situation politique locale. Ils invitent les cinéphiles et les professionnels du secteur à ne pas cautionner, selon eux, un film qui aurait bénéficié de conditions de tournage sans l’accord des autorités représentant la population sahraouie. Aucune déclaration officielle du réalisateur ou de la maison de production n’a été communiquée en réponse à cette polémique.
Un tournage sous tension
Le choix de Dakhla comme lieu de tournage pour « L’Odyssée » avait été révélé ces derniers mois, suscitant déjà des réactions dans certains milieux diplomatiques. La ville, située sur la côte atlantique, est régulièrement utilisée par des productions internationales, ce que Rabat présente comme une preuve de la normalisation de la région. Les partisans de l’indépendance sahraouie y voient au contraire une instrumentalisation.
Le film, dont le synopsis reste en partie confidentiel, est présenté comme une adaptation libre de l’épopée homérique. Avec un casting de premier plan et un budget conséquent, il figure parmi les sorties les plus attendues de la saison. L’appel au boycott intervient alors que la promotion du long-métrage n’a pas encore débuté, mais le Festival international du film du Sahara espère sensibiliser l’opinion publique internationale.
Un précédent dans l’industrie du cinéma
Cette affaire n’est pas sans rappeler d’autres controverses liées à des tournages dans des zones contestées. Plusieurs productions hollywoodiennes ont déjà fait l’objet de critiques pour avoir travaillé dans des territoires au statut politique litigieux. Les organisateurs du festival saharien entendent ainsi inscrire leur démarche dans une tradition de dénonciation des collaborations culturelles perçues comme problématiques.
Pour l’heure, aucun distributeur ou diffuseur présent en France n’a annoncé de changement de programme concernant « L’Odyssée ». La sortie en salles, prévue pour l’été, ne semble pas remise en cause par cette polémique. Il n’existe pas non plus d’information sur une éventuelle réaction des autorités marocaines ou des représentants sahraouis à l’appel au boycott.