Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, est arrivé dans la soirée du 28 mai en République démocratique du Congo, a-t-on appris de sources concordantes. Ce déplacement vise à témoigner du soutien de l’institution face à la flambée épidémique d’Ebola qui frappe le pays et s’est déjà propagée à l’Ouganda voisin.

« Je veux que vous sachiez que vous n’êtes pas seuls », a déclaré le responsable dans un message publié sur le réseau social X, s’adressant directement à la population congolaise. « Ensemble, nous vaincrons cette épidémie », a-t-il ajouté, promettant de faire « tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider ».

Des chiffres inquiétants et une propagation sous-estimée

Selon les données compilées par l’OMS, l’épidémie aurait déjà causé 220 décès suspects pour environ 900 cas recensés. Sept cas suspects sont également signalés en Ouganda. Les autorités sanitaires estiment que l’ampleur réelle de la flambée est probablement plus importante, le virus ayant circulé sans être détecté pendant plusieurs semaines. Il s’agit de la dix-septième épidémie d’Ebola enregistrée en RDC, un pays de plus de cent millions d’habitants.

Une souche sans vaccin ni traitement

L’épidémie est provoquée par une souche du virus Ebola dite Bundibugyo. À ce jour, aucun vaccin ni traitement spécifique n’est homologué contre cette variante, ce qui complique considérablement la riposte. Les équipes médicales déploient des mesures de surveillance, d’isolement et d’information des populations pour tenter d’endiguer la transmission.

Fermeture de frontière déconseillée

Face à la progression du virus, l’Ouganda a annoncé la fermeture « avec effet immédiat » de sa frontière avec la RDC. Une mesure que l’OMS ne juge pas opportune. « Les interdictions de voyager n’aident pas beaucoup », a estimé Tedros, précisant que l’ONU ne les soutenait pas. Selon les experts, ce type de décision peut au contraire favoriser la propagation souterraine de la maladie et entraver l’acheminement de l’aide.

Un appel au cessez-le-feu dans l’est du pays

L’épicentre de l’épidémie se situe dans l’est de la RDC, une région riche en minerais mais déchirée depuis plus de trente ans par les violences de multiples groupes armés. « Les conflits et les déplacements rendent tout plus difficile », a souligné le chef de l’OMS. Il a lancé « un appel direct à toutes les parties belligérantes de cette région : s’il vous plaît, déclarez un cessez-le-feu ».

Un vaccin espéré d’ici la fin de l’année

Malgré les difficultés, une lueur d’espoir vient de l’Union africaine. Le directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), Jean Kaseya, a affirmé le 28 mai qu’un vaccin contre le Bundibugyo pourrait être disponible avant la fin 2026. « Ce que nous pouvons vous dire avec certitude, c’est que d’ici la fin de cette année, l’Africa CDC fera en sorte que nous ayons un vaccin et un médicament contre le Bundibugyo », a-t-il déclaré. « Nos dirigeants sont prêts à investir. Nous investissons au niveau technique, au niveau stratégique, pour que cela se réalise. »

Un contexte sécuritaire qui entrave la riposte

Les équipes sanitaires doivent composer avec l’insécurité chronique de l’est congolais, qui complique l’accès aux populations touchées et la coordination des interventions. Tedros a exhorté la communauté internationale à accroître son soutien afin que les pays affectés puissent contrôler l’épidémie et éviter qu’elle ne s’étende davantage. « Faire face à cette crise nécessite un engagement collectif et des ressources supplémentaires », a-t-il insisté.