L’humoriste de stand-up turc Deniz Goktas a été interpellé jeudi alors qu’il rentrait d’un séjour à l’étranger, à l’aéroport international d’Istanbul. Il a été placé en garde à vue dès son arrivée, a-t-on appris de sources concordantes.
Cette arrestation survient quelques jours après la mise en ligne d’une vidéo devenue virale. Le 30 juin, Goktas avait publié sur le réseau X un extrait d’environ trois minutes issu d’un spectacle plus long. Il l’avait accompagné d’un message ironique affirmant que sa « blague préférée » n’avait pas été suffisamment partagée. L’extrait a été visionné plus de six millions de fois en moins de soixante-douze heures. Le spectacle intégral, d’une durée de quatre-vingt-dix minutes, disponible sur YouTube, totalisait quant à lui plus de 8,5 millions de vues jeudi après-midi.
Des propos sur Erdogan et l’islam
La séquence partagée contient des allusions au président turc Recep Tayyip Erdogan ainsi qu’à la religion musulmane. En Turquie, toute parole considérée comme insultante envers les croyances religieuses ou le chef de l’État peut déclencher une enquête pénale, même si la Constitution garantit formellement la liberté d’expression et affirme le caractère laïque de la République.
185 plaintes et une enquête
Le parquet du chef-lieu d’Istanbul a indiqué dans un communiqué avoir reçu 185 plaintes de citoyens à la suite de la diffusion de la vidéo. Ces signalements ont conduit à l’ouverture d’une procédure judiciaire. L’enquête se fonde sur l’article 216, alinéa 3, du code pénal turc, qui réprime le fait d’« offenser publiquement les valeurs religieuses ».
Précédents et libertés
D’autres artistes et journalistes ont déjà été poursuivis en Turquie pour des propos tenus en public ou sur les réseaux sociaux. Le paysage médiatique et culturel turc est régulièrement marqué par des affaires où la frontière entre satire et insulte fait débat. La détention de Deniz Goktas relance les interrogations sur l’étendue réelle de la liberté d’expression dans le pays.