La commission des Affaires étrangères du Parlement britannique a publié un rapport jeudi 9 juillet, dans lequel elle préconise que les nominations politiques aux postes d’ambassadeur soient soumises à un droit de veto des députés. Cette proposition fait suite au scandale entourant la désignation de Lord Peter Mandelson comme ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, puis son éviction pour liens avec le délinquant sexuel condamné Jeffrey Epstein.

Un processus jugé opaque et improvisé

Dans son rapport, la commission estime que la procédure suivie pour la nomination de Lord Mandelson « était inventée au fur et à mesure ». Les députés dénoncent un manque de transparence et une absence de règles claires pour les nominations politiques. Le document critique également une tenue de registres « déplorable » de la part du 10 Downing Street et du ministère des Affaires étrangères (FCDO).

La commission propose que tout candidat à un poste diplomatique politique soit soumis à une audition préalable obligatoire devant les députés. À l’issue de cette audition, la commission pourrait exercer un veto si l’intéressé « n’est pas jugé à la hauteur des exigences requises ». Cette mesure ne concernerait que les nominations politiques, et non les diplomates de carrière issus de la fonction publique.

Le cas Mandelson au cœur des débats

Peter Mandelson avait été nommé ambassadeur à Washington en 2024, mais il a été démis de ses fonctions l’année suivante après la révélation de ses liens avec Jeffrey Epstein. L’organisme chargé des habilitations de sécurité avait recommandé de ne pas lui accorder le niveau d’accès nécessaire pour exercer ces fonctions, selon des informations rapportées par plusieurs sources.

Lord Mandelson avait toutefois obtenu une habilitation de sécurité, appelée « Developed Vetting » (DV), après l’annonce de sa nomination mais avant son entrée en fonction en février 2025. Sir Olly Robbins, haut fonctionnaire du FCDO, a été limogé par le Premier ministre Keir Starmer en raison des circonstances entourant cette délivrance. Sir Olly a évoqué « un climat de pression » et des « relances constantes » de la part du 10 Downing Street pendant la procédure de vérification.

Des auditions pour garantir la transparence

La commission recommande qu’aucune nomination publique ne soit annoncée ou effectuée sans que l’habilitation de sécurité appropriée n’ait été préalablement accordée. Selon le rapport, les documents publiés sur le processus suggèrent que les responsables ont adopté « une attitude dédaigneuse » quant à la nécessité pour Lord Mandelson de passer les vérifications de sécurité avant de prendre son poste.

Le rapport ajoute que Lord Mandelson n’aurait peut-être pas répondu honnêtement à toutes les questions, mais qu’une audition préalable aurait au moins permis d’établir un procès-verbal public de ses déclarations, ce qui fait aujourd’hui défaut.

Des implications pour les futures nominations

Cette proposition, si elle était adoptée, renforcerait considérablement le contrôle parlementaire sur les nominations politiques aux postes diplomatiques. Elle intervient dans un contexte de méfiance croissante envers les processus de nomination gouvernementaux et de demandes de plus grande transparence.

La commission insiste sur la nécessité de « tirer les leçons » de cette affaire et d’établir « une procédure appropriée pour les nominations politiques ». Les recommandations devront être examinées par le gouvernement, qui n’a pas encore réagi officiellement.