Une industrie en plein essor
En Chine, les microdrames – ces séries ultra-courtes conçues pour être consommées sur smartphone – connaissent un essor fulgurant, porté par l’intelligence artificielle générative. Alors que ce format vidéo, qui alterne cliffhangers et émotions fortes, séduit des millions d’utilisateurs, des entreprises misent désormais sur des outils d’IA pour automatiser l’écriture des scénarios, la création des décors virtuels et la génération des dialogues. Selon des observateurs du secteur, cette approche réduit le temps de production de plusieurs semaines à quelques jours, tout en abaissant les coûts de manière significative.
Des économies massives et une accélération sans précédent
La production d’un microdrame traditionnel coûtait en moyenne entre 200 000 et 500 000 yuans (environ 25 000 à 65 000 euros). Grâce à l’IA, ce montant peut chuter à moins de 30 000 yuans, soit environ 4 000 euros. Les studios comme Beijing Kuaishou Technology ou ByteDance, maison mère de TikTok, investissent massivement dans ces technologies. Des plateformes comme Douyin – la version chinoise de TikTok – diffusent déjà des centaines de microdrames générés en partie par IA, avec des durées variant de une à trois minutes par épisode. Les récits, souvent standardisés autour de thèmes comme la revanche sociale, la romance interdite ou la réussite financière, sont désormais élaborés par des algorithmes capables d’analyser les préférences du public en temps réel.
Un nouveau modèle économique
Ce virage technologique s’accompagne d’une redéfinition des chaînes de valeur. Des sociétés spécialisées, comme Inworld AI ou Jizhi, proposent des outils de génération de scripts qui imitent les codes narratifs des microdrames à succès. « L’objectif est de produire un contenu qui capte l’attention en quelques secondes, explique un analyste du secteur. L’IA excelle dans cette tâche car elle peut tester des millions de combinaisons de dialogues et de situations pour maximiser l’engagement. » Parallèlement, des voix s’élèvent pour dénoncer une uniformisation des histoires et une perte de créativité. « Nous assistons à une industrialisation de l’émotion, alerte un scénariste basé à Shanghai. Les algorithmes ne comprennent pas la nuance ; ils ne savent que reproduire ce qui a déjà marché. »
Des régulations en gestation
Face à cette explosion, les autorités chinoises tentent de réguler le secteur. En novembre 2025, l’Administration nationale de la radio et de la télévision (NRTA) a publié des lignes directrices visant à encadrer l’usage de l’IA dans la production audiovisuelle. Ces règles exigent notamment que tout contenu généré par IA soit clairement étiqueté, et interdisent la diffusion de microdrames jugés « nuisibles à la stabilité sociale ». Par ailleurs, le gouvernement a mis en place un système de quotas pour limiter le nombre de ces formats courts sur les plateformes, dans le but de protéger les industries culturelles traditionnelles. « Pékin veut à la fois stimuler l’innovation et éviter les dérives, commente un chercheur en politique numérique. C’est un équilibre délicat. »
Un phénomène mondial ?
Si la Chine est en première ligne, d’autres pays observent ce phénomène avec intérêt. Aux États-Unis, des startups comme Runway ou Synthesia développent des technologies similaires, tandis qu’en France, des initiatives commencent à émerger. « Le modèle chinois pourrait s’exporter, estime un expert en médias. Mais les différences culturelles et réglementaires freinent encore l’adoption massive. » En attendant, les microdrames générés par IA continuent de se multiplier, suscitant à la fois fascination et inquiétude quant à l’avenir de la création narrative.