Alors que la cour d'appel de Paris doit rendre ce mardi 7 juillet son arrêt dans le procès en appel des assistants parlementaires européens du Front national, l'avenir politique de Marine Le Pen est suspendu à la décision des juges. En première instance, la cheffe de file du Rassemblement national avait été condamnée pour détournement de fonds publics européens, une peine de prison ferme assortie d'une inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire, ce qui compromettait sa candidature à l'élection présidentielle de 2027.

Dans ce contexte tendu, des propos tenus par l'intéressée ont refait surface. Marine Le Pen avait elle-même prévenu qu'« on ne peut pas faire campagne dans ces conditions » en cas de condamnation à une peine sous bracelet électronique. Cette déclaration, rapportée ce mardi, intervient alors que le parquet général a requis le 3 février dernier quatre ans de prison, dont un an ferme, et cinq ans d'inéligibilité – mais sans exécution provisoire. Une telle peine pourrait théoriquement être aménagée sous forme de surveillance électronique, un scénario que la dirigeante du RN avait anticipé comme rédhibitoire pour une campagne présidentielle.

La réaction de François Ruffin

Le député de la Somme François Ruffin a immédiatement réagi à cette perspective. Pour lui, l'idée même d'une candidate faisant campagne avec un bracelet électronique est inconcevable. « Comment peut-on imaginer une candidate qui fait campagne avec un bracelet électronique ? », a-t-il interrogé. Il a ajouté que « la décence et le sens commun devraient empêcher Marine Le Pen de se présenter ». Ces propos ont été tenus alors que la cour d'appel examine le recours de douze des vingt-cinq prévenus condamnés en première instance, parmi lesquels Marine Le Pen, le maire de Perpignan Louis Aliot et le député de l'Yonne Julien Odoul.

Le contexte judiciaire

En première instance, les juges avaient estimé que Marine Le Pen s'était rendue coupable de détournements de fonds publics européens en salariant des assistants parlementaires affectés à d'autres tâches que celles du Parlement. La peine prononcée – prison ferme et inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire – empêchait de fait toute candidature à la présidentielle de 2027. En appel, le parquet général a requis une peine de quatre ans de prison, dont un an ferme, et cinq ans d'inéligibilité, mais sans demande d'exécution provisoire, laissant ainsi une fenêtre possible pour une candidature si la cour ne confirmait pas l'inéligibilité immédiate.

Un précédent qui interroge

La position de Marine Le Pen sur la faisabilité d'une campagne sous bracelet électronique n'est pas nouvelle. Elle avait déjà évoqué ce scénario comme une impossibilité pratique, estimant qu'une telle contrainte serait incompatible avec les déplacements et les meetings nécessaires à une campagne présidentielle. Cette prise de position contraste avec la stratégie de défense de ses avocats, qui plaident pour un aménagement de peine afin de préserver ses droits politiques.

L'issue de cette journée judiciaire est déterminante pour l'horizon politique du Rassemblement national. Si la cour d'appel confirmait l'inéligibilité avec exécution provisoire, Marine Le Pen serait écartée de la course à l'Élysée. Si elle optait pour une peine alternative sans inéligibilité immédiate, la question du bracelet électronique et de sa compatibilité avec une campagne se poserait avec acuité. Les déclarations passées de l'intéressée suggèrent qu'elle considère elle-même cette option comme un obstacle insurmontable.