Le 9e congrès mondial contre la peine de mort a débuté mardi 30 juin à Paris, réunissant militants, juristes et responsables politiques du monde entier. L’événement intervient dans un contexte paradoxal : jamais autant de pays n’avaient aboli la peine capitale, mais jamais le nombre d’exécutions n’avait été aussi élevé depuis quatre décennies.

Selon les données compilées par les organisations de défense des droits humains, 114 États ont désormais banni la peine de mort de leur législation, contre 47 qui continuent de l’appliquer. Ce solde favorable à l’abolition masque toutefois une réalité inquiétante : le volume d’exécutions recensées en 2025 et au premier semestre 2026 dépasse tous les niveaux observés depuis le milieu des années 1980.

Les pays les plus actifs dans le recours à la peine capitale restent concentrés en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La Chine, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Égypte et l’Irak figurent parmi les États qui procèdent au plus grand nombre de mises à mort chaque année. Plusieurs d’entre eux ont accentué leur usage de la peine de mort ces derniers mois, notamment dans le cadre de procédures judiciaires accélérées.

Ce constat a été illustré par Philippe Maurice, dernier condamné à mort dont la peine a été commuée en France avant l’abolition définitive en 1981. Invité à prendre la parole lors du congrès, il a déclaré : « Il n’y a aucune bonne raison de tuer un homme ». Dans son intervention, il a qualifié la peine capitale de « meurtre prémédité par l’État », une formule qui a marqué les participants.

Une progression lente mais réelle de l’abolition

Malgré la hausse des exécutions, la tendance de fond reste à l’abolition. Depuis le dernier congrès mondial, plusieurs pays ont franchi le pas : le Ghana a supprimé la peine de mort pour l’ensemble des infractions, tandis que le Kazakhstan et le Zimbabwe l’ont abolie en droit commun, ne la maintenant que pour des crimes exceptionnels en temps de guerre. Ces avancées portent à 114 le nombre de pays abolitionnistes, soit plus de la moitié des États membres des Nations unies.

Quarante-sept États conservent la peine capitale dans leur arsenal pénal, mais tous ne l’appliquent pas activement. Une vingtaine d’entre eux n’ont procédé à aucune exécution depuis au moins dix ans, ce qui les classe dans la catégorie « abolitionnistes de fait ». Les défenseurs des droits humains espèrent convertir ces moratoires en abrogations définitives.

Le congrès de Paris, plateforme pour accélérer le mouvement

Organisé par la coalition Ensemble contre la peine de mort, le congrès de Paris se tient dans un contexte politique français marqué par un attachement historique à l’abolition. La France, qui a supprimé la peine capitale en 1981 sous la présidence de François Mitterrand, accueille régulièrement ce rendez-vous international. Les débats doivent notamment porter sur les moyens de renforcer la pression diplomatique sur les pays exécuteurs, ainsi que sur l’amélioration des conditions de détention des condamnés en attente de leur exécution.

Plusieurs sessions sont consacrées aux cas individuels de personnes actuellement dans le couloir de la mort, notamment en Iran et en Arabie saoudite, où les exécutions pour des délits liés à la drogue ou à la sécurité nationale se multiplient. Les participants appellent à une mobilisation accrue des opinions publiques et des gouvernements pour obtenir des moratoires.

Le congrès doit s’achever vendredi par l’adoption d’une déclaration commune fixant des objectifs pour les cinq prochaines années. Parmi les priorités figure l’objectif de faire basculer la majorité des États abolitionnistes de fait dans l’abolition légale, et d’obtenir un moratoire universel sur les exécutions d’ici 2030.