La journée de vérité pour la signature financière de la France.

Standard & Poor's Global (S&P) devait dévoiler, ce vendredi 29 mai, son évaluation actualisée de la dette souveraine de l'Hexagone. L'annonce intervient dans un contexte économique mondial fortement perturbé par le conflit en Iran, déclenché fin février, et qui a paralysé une grande partie du trafic pétrolier empruntant le détroit d'Ormuz.

L'agence de notation avait déjà provoqué une surprise en octobre 2025 en dégradant d'un cran la note française, sans respecter le calendrier initialement prévu. Depuis cette décision, la France est classée à « A+ », soit un échelon au-dessus de la catégorie spéculative, mais en dessous du « Aa3 » attribué par Moody's, qui n'a pas modifié son appréciation en avril dernier. La note de S&P est désormais alignée sur celle accordée par Fitch.

Des prévisions budgétaires en demi-teinte

Pour justifier son précédent abaissement, S&P avait indiqué qu'une nouvelle révision à la baisse serait envisagée si « la situation budgétaire se détériore au-delà de nos prévisions ou si ses perspectives de croissance économique se dégradent sensiblement ». Depuis octobre, les indicateurs macroéconomiques ont évolué, mais sans que le scénario le plus pessimiste ne se concrétise.

L'agence tablait alors sur un déficit public de 5,3% du produit intérieur brut (PIB) pour l'année 2026. Or, les dernières estimations de la Commission européenne font état d'un déficit de 5,1%, tandis que le Fonds monétaire international (FMI) l'anticipe même à 4,9%, après 5% l'an passé. « La situation budgétaire de la France resterait donc préoccupante, mais quand même meilleure que ce que S&P projetait en octobre », a commenté Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management.

Concernant la croissance, S&P avait prévu une progression de 1% en 2026. Les prévisions les plus récentes de la Commission et du FMI sont légèrement inférieures, respectivement à 0,8% et 0,9%. Ce ralentissement est toutefois largement attribué aux conséquences du conflit iranien, qui affecte l'ensemble des économies mondiales. S&P elle-même avait reconnu en octobre que des chocs extérieurs pourraient peser sur la conjoncture.

Un contexte géopolitique pesant

L'incertitude liée à la guerre en Iran et à la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz – un passage stratégique pour le transport pétrolier – brouille les perspectives économiques de tous les pays industrialisés. La France n'échappe pas à ce ralentissement global, mais sa note pourrait bénéficier du fait que les indicateurs budgétaires réels s'avèrent moins dégradés que les projections pessimistes formulées par S&P il y a plusieurs mois.

Les analystes s'attendaient donc majoritairement à un statu quo, avec le maintien de la notation à « A+ », assorti d'une perspective stable ou négative. Le niveau de la dette française, qui demeure élevé, continue néanmoins d'inquiéter les investisseurs, alors que les taux d'intérêt sur les emprunts d'État restent sous pression.

S&P devait également préciser, dans son rapport, les risques qu'elle identifie pour les prochains mois, en particulier l'évolution du déficit, la trajectoire de la dépense publique et l'impact du conflit au Moyen-Orient sur la croissance. La décision de l'agence est scrutée de près par les marchés financiers et par l'exécutif, qui mise sur une stabilisation des comptes publics pour rassurer les créanciers.