Le projet controversé de méga-usine d’élevage de saumons porté par la société Pure Salmon, sur la commune du Verdon-sur-Mer en Gironde, a franchi une nouvelle étape procédurale. Le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) a émis, le 2 juillet, un avis favorable à ce dossier, suscitant une vive réaction des collectifs et associations opposés au site.
Cette instance consultative, chargée de se prononcer sur la demande d’autorisation environnementale, a rendu sa décision au moment où près de trois cents manifestants se rassemblaient devant la cité administrative de Bordeaux. Dans un communiqué, l’ONG Seastemik a qualifié ce vote de « véritable parodie démocratique ». Esther Dufaure, représentante de l’organisation, a déclaré : « Nous sommes écœurés et en colère de voir qu’après quatre années de mobilisation, ni les scientifiques, ni les pêcheurs, ni les 23 000 personnes qui se sont opposées à ce projet n’ont été entendus. Ce vote signe l’arrêt de mort de l’estuaire de la Gironde. »
Un projet aux impacts multiples
Le dossier, qui prévoit la construction d’une infrastructure de production de saumons d’une capacité annuelle estimée à plusieurs dizaines de milliers de tonnes, cristallise les critiques depuis plusieurs années. Plusieurs organismes scientifiques ont alerté sur les conséquences potentielles pour l’écosystème estuarien. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde ainsi que cent cinq députés soutenant une proposition de moratoire ont exprimé leurs réserves, pointant des risques pour la qualité de l’eau, la biodiversité locale et les équilibres sédimentaires.
Les opposants dénoncent aussi un « suicide environnemental et économique », estimant que les rejets de l’élevage intensif pourraient dégrader durablement les ressources halieutiques déjà fragilisées de la zone, et compromettre l’activité des pêcheurs professionnels. Le collectif rassemblant associations de protection de l’environnement, syndicats de marins-pêcheurs et citoyens déplore un manque de transparence et de dialogue.
La préfète en arbitre
La décision finale d’accorder l’autorisation environnementale incombe désormais à la préfète de la Gironde, Sophie Brocas. Celle-ci a déjà signé, le 16 juin, le permis de construire du bâtiment, ce qui laisse présager une issue favorable pour le porteur de projet. Si elle valide l’autorisation, Pure Salmon pourra lancer les travaux de cette installation, présentée par ses promoteurs comme un moyen de réduire la dépendance française aux importations de saumon et de créer des emplois locaux.
Des mobilisations persistantes
La perspective de voir l’usine sortir de terre a relancé les actions de contestation. Le 18 janvier dernier, une manifestation avait déjà eu lieu au Verdon-sur-Mer, rassemblant plusieurs centaines de personnes. La coalition d’ONG et de collectifs promet de poursuivre la pression, y compris par la voie judiciaire, pour tenter de bloquer un projet qu’ils jugent incompatible avec les engagements écologiques de la France.
L’estuaire de la Gironde, plus grand estuaire d’Europe occidentale, est un site classé Natura 2000, abritant des espèces migratrices comme l’esturgeon européen ou le saumon sauvage. Les chercheurs estiment que les rejets d’azote et de phosphore issus de l’aquaculture intensive pourraient accélérer l’eutrophisation des eaux et perturber les chaînes alimentaires.
Un dossier qui divise jusqu’au sein des institutions
Le feu vert du Coderst ne fait pas l’unanimité au sein même des instances consultatives. Plusieurs membres ont fait part de leur désaccord, mais le vote majoritaire a permis d’émettre un avis favorable. Ce scrutin intervient alors que le conseil scientifique de l’estuaire et le BRGM avaient, dans des avis précédents, formulé des recommandations défavorables ou conditionnelles.
Du côté des élus locaux, les positions sont contrastées. Certains maires de communes riveraines soutiennent le projet, y voyant une opportunité économique pour un territoire marqué par un taux de chômage supérieur à la moyenne régionale. D’autres, au contraire, redoutent une « catastrophe écologique » qui nuirait à l’image de la région et à son attractivité touristique.