L'issue d'une procédure judiciaire hors normes sera connue ce mardi 7 juillet : la cour d'appel de Paris statue sur le recours de Marine Le Pen contre sa condamnation pour détournement de fonds du Parlement européen. La décision, attendue en début d'après-midi, déterminera si la présidente du Rassemblement national (RN) pourra briguer la présidence de la République en 2027, un scrutin pour lequel elle fait figure de favorite dans les sondages.
Une affaire aux lourdes implications politiques
En mars 2025, Marine Le Pen a été reconnue coupable d'avoir mis en place un système de rémunération frauduleuse d'assistants parlementaires européens. Le tribunal de première instance l'a condamnée à deux ans d'emprisonnement avec bracelet électronique et, surtout, à cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire. Cette dernière disposition, immédiatement applicable malgré l'appel, a suscité la colère de l'intéressée, qui a dénoncé une « décision politique » visant à l'écarter de la course présidentielle.
La cour d'appel a accéléré l'examen du dossier, permettant à l'audience de se tenir en février 2026. Durant quatre mois, les magistrats ont délibéré à huis clos. L'accusation, de son côté, a requis une peine ramenée à un an d'emprisonnement avec bracelet électronique, mais a maintenu la demande d'inéligibilité pour une durée de cinq ans.
Les scénarios possibles
Plusieurs options s'offrent aux juges du second degré. Un acquittement pur et simple, bien que peu probable selon nombre d'observateurs, annulerait toutes les sanctions. La cour pourrait aussi réduire la durée de l'inéligibilité, voire la supprimer, ouvrant la voie à une candidature de Marine Le Pen. En revanche, si elle confirme la peine d'inéligibilité prononcée en première instance, l'ancienne candidate à la présidentielle serait définitivement exclue de la compétition de 2027.
Jordan Bardella en alternative
Si Marine Le Pen se voit interdite de se présenter, le parti désignerait Jordan Bardella comme candidat. Âgé de 30 ans, ce dernier est lui aussi bien placé dans les intentions de vote, mais son manque d'expérience pourrait constituer un handicap dans une campagne présidentielle. Les stratèges du RN ont déjà préparé cette hypothèse, sans pour autant l'officialiser.
Les réactions et la suite judiciaire
Lors de l'audience de février, l'avocat de Marine Le Pen, Rudolphe Bosselut, a souligné le poids de la décision à venir : « En raison de l'élection présidentielle, la décision que vous devez rendre est d'une importance vertigineuse. » De son côté, Marine Le Pen a indiqué, dans des entretiens récents, qu'elle ne laissera pas traîner la procédure si la Cour de cassation devait ensuite se prononcer en sa faveur, car le délai pour lancer une campagne effective serait trop court.
Au-delà du sort personnel de Marine Le Pen, ce verdict pèsera sur le paysage politique français. Le RN, crédité de plus de 30 % des intentions de vote pour le premier tour, pourrait voir sa dynamique entravée ou, au contraire, renforcée par un sentiment de victimisation. La France retient son souffle avant l'annonce qui, quelle qu'elle soit, marquera un tournant dans la vie politique nationale.