L’administration Trump a décidé d’entamer le retrait progressif de son soutien financier aux programmes de prévention et de traitement du VIH en Afrique du Sud, a confirmé un responsable du département d’État, jeudi 18 juin 2026. Ce retrait concerne le President’s Emergency Plan for AIDS Relief (PEPFAR), une initiative américaine majeure qui finance depuis plus de vingt ans la lutte contre le sida sur le continent africain.

Le responsable, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a indiqué que cette décision fait suite à l’incapacité de Pretoria à répondre aux demandes formulées par la Maison-Blanche dans un décret exécutif pris en février 2025. Ce texte accusait l’Afrique du Sud de discriminer sa minorité blanche afrikaner et ordonnait la suspension de l’aide américaine tant que le pays n’aurait pas modifié ses politiques.

Jusqu’en 2025, les États-Unis contribuaient à hauteur d’environ 400 millions de dollars par an – soit environ 20 % des dépenses totales de l’Afrique du Sud dans ce domaine – via le PEPFAR. Le programme avait été maintenu provisoirement depuis octobre 2025 grâce à un « plan-pont », mais cette suspension temporaire prend désormais fin.

Des exigences qui dépassent la santé publique

Selon le département d’État, les demandes américaines ne portent pas sur le fonctionnement du programme sanitaire lui-même. Washington réclame notamment l’abrogation de la loi sud-africaine autorisant l’expropriation de terres sans compensation, l’exemption des entreprises américaines des lois sur l’autonomisation économique des Noirs (Black Economic Empowerment) et l’arrêt du rapprochement de Pretoria avec des pays considérés comme des adversaires des États-Unis, dont l’Iran.

Le gouvernement sud-africain rejette catégoriquement les accusations de persécution des Afrikaners. Il rappelle que la politique d’empowerment économique des Noirs vise à corriger les inégalités héritées du régime d’apartheid, qui a maintenu la minorité blanche au pouvoir pendant près d’un demi-siècle.

Un impact sanitaire majeur

L’Afrique du Sud compte plus de huit millions de personnes vivant avec le VIH, soit le plus grand nombre de tout pays au monde. Le PEPFAR fournissait jusqu’à présent environ un cinquième du budget national consacré à la lutte contre le VIH. Le ministère sud-africain de la Santé a toutefois souligné que la fourniture de traitements antirétroviraux vitaux était déjà entièrement prise en charge par le budget national, sans dépendre des fonds américains.

Le ministère a déclaré n’avoir pas été officiellement informé de cette décision, mais a affirmé travailler depuis longtemps sur un plan d’autonomie pour faire face à une éventuelle réduction de l’aide extérieure.

Des relations bilatérales en crise

Les tensions entre Washington et Pretoria se sont accrues depuis l’entrée en fonction de Donald Trump. Le président américain a notamment accusé à plusieurs reprises l’Afrique du Sud de commettre un « génocide blanc », une allégation largement discréditée, et a mis en place un programme d’accueil de réfugiés afrikaners – ces derniers constituant désormais la quasi-totalité des réfugiés admis aux États-Unis.

Une rencontre de haut niveau entre Donald Trump et le président sud-africain Cyril Ramaphosa, tenue à la Maison-Blanche il y a un peu plus d’un an, n’a pas permis de rapprocher les positions. Les États-Unis avaient par ailleurs boycotté la réunion du G20 organisée par l’Afrique du Sud en novembre 2025.

Le département d’État a justifié le retrait programmé du PEPFAR par la volonté de « favoriser l’autonomie » et de réduire la dépendance à l’aide américaine, qualifiant l’Afrique du Sud de « pays à revenu intermédiaire parfaitement capable de financer ses propres programmes de santé ».