Une fiscalité pléthorique et parfois inutile
En France, il existerait aujourd'hui 243 taxes différentes, selon un rapport de la Cour des comptes datant de 2025. Mais la juridiction financière dresse un constat sévère : plus de la moitié de ces prélèvements obligatoires – qualifiés de « taxes à faible rendement » – rapportent très peu, voire rien, aux caisses de l'État ou des collectivités. Pour certaines d'entre elles, la Cour indique même ne pas parvenir à déterminer ce qu'elles génèrent.
L'exemple le plus emblématique de cette situation est la taxe sur les yachts de plus de 30 mètres, instaurée en 2018. Conçue pour compenser la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), elle devait rapporter dix millions d'euros par an. Résultat en 2025 : à peine 65 000 euros ont été collectés. Les propriétaires de navires de luxe ont massivement fait basculer leurs bateaux sous pavillon étranger, si bien que seuls cinq d'entre eux seraient encore assujettis à cette taxe en France.
Un millefeuille fiscal aux effets pervers
Au menu des 243 taxes recensées par la Cour des comptes, on trouve des prélèvements parfois insolites : une taxe sur l'enregistrement des produits homéopathiques, une autre sur les céréales prélevées sur les collectes des agriculteurs, ou encore une taxe sur les papiers graphiques destinée à financer leur recyclage. Mais d'autres, bien plus courantes, touchent directement les particuliers, à l'image de la taxe d'aménagement qui frappe la construction d'abris de jardin de plus de 5 m². Une propriétaire des Hauts-de-Seine, interrogée par une chaîne de télévision, a ainsi dû s'acquitter de 800 euros à l'installation de son abri à Meudon, une facture qu'elle ignorait devoir payer.
Ces taxes à faible rendement posent une question centrale : pourquoi les conserver ? Franck Claeys, expert en finances locales, explique que certaines sont essentielles pour les communes. « Au niveau local, si vous supprimez un impôt qui va rapporter un ou deux millions dans une commune de 100, 200 à quelques centaines d'habitants, vous allez déséquilibrer le budget de la commune », insiste-t-il. Mais d'autres, comme la taxe sur les yachts, semblent devenues symboliques, leur rendement étant devenu famélique.
Une réforme en demi-teinte
Le rapport de la Cour des comptes, qui n'a pas été publié dans son intégralité dans les sources disponibles, alimente toutefois le débat sur la simplification de la fiscalité française. L'ancien rapporteur général du budget et député du Gers, Jean-René Cazeneuve, a reconnu que certaines de ces taxes « ne rapportent presque rien » et qu'elles « compliquent la vie des contribuables ». Il a également souligné que des travaux de suppression ont déjà été engagés, mais que le millefeuille fiscal reste difficile à réduire en raison des résistances locales et des intérêts catégoriels.
Des taxes supprimées au fil des ans ont parfois été remplacées par de nouvelles, ce qui complique encore l'évaluation globale de la pression fiscale. La Cour des comptes invite donc, sans surprise, à une rationalisation plus ambitieuse. Le sujet reste sensible dans un pays où la question des impôts et taxes est régulièrement au cœur des préoccupations des Français, et où chaque suppression peut avoir des conséquences sur les budgets locaux.