L’affaire dite « du financement libyen » de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 est l’une des plus lourdes enquêtes judiciaires françaises visant un ancien chef de l’État. Elle repose sur l’hypothèse, étayée par de multiples éléments recueillis par les juges, que le régime de Mouammar Kadhafi aurait versé plusieurs millions d’euros à l’équipe de Nicolas Sarkozy, alors candidat, en échange d’un réchauffement diplomatique et de futures faveurs économiques.

Une affaire née d’une révélation médiatique

Les premières allégations publiques remontent au printemps 2011, en pleine guerre civile libyenne. Un proche du régime Kadhafi, puis le fils Saïf al-Islam Kadhafi lui-même, affirment que la Libye a financé la campagne de Nicolas Sarkozy à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros. Ces déclarations, faites dans un contexte de conflit, sont alors démenties avec la plus grande fermeté par l’intéressé. L’affaire rebondit en 2012 lorsque Mediapart publie une note manuscrite, attribuée au chef des services de renseignement extérieur libyens, Moussa Koussa, qui évoque un accord de financement de 50 millions d’euros.

Les investigations judiciaires

Une enquête préliminaire est ouverte en 2013, confiée à la brigade financière. En 2016, des juges d’instruction sont saisis. Ils mettent au jour un réseau complexe d’intermédiaires, de transferts bancaires suspects et de témoignages contradictoires. Parmi les protagonistes figurent des proches de Nicolas Sarkozy, comme son ancien directeur de cabinet Claude Guéant, l’intermédiaire Alexandre Djouhri, ou encore l’ex-ministre du Budget Éric Woerth. Les investigations se heurtent à la difficulté d’accéder aux archives libyennes, instables après la chute du régime, et à la solidité du secret défense invoqué par plusieurs parties.

L’implication de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy a toujours nié toute implication. Il a été mis en examen en 2018 pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « association de malfaiteurs ». Il conteste la légalité de certaines pièces versées au dossier, notamment les témoignages de l’ancien ministre libyen du Pétrole, Choukri Ghanem, retrouvé mort en 2012, et les déclarations d’un ex-responsable libyen, Abdallah Senoussi. Son procès, dont la date n’est pas encore fixée, s’annonce comme un moment judiciaire majeur. La défense dénonce un dossier « vide » et construit sur des « rumeurs ».

Les zones d’ombre persistantes

Plusieurs questions restent sans réponse. Le montant exact des sommes qui auraient été versées est disputé : les témoignages parlent de 5 à 50 millions d’euros. Le circuit de l’argent – via des comptes en Suisse, au Panama ou au Luxembourg – demeure en partie opaque. Enfin, la nature exacte des contreparties supposées (visite à Tripoli, contrats, soutien diplomatique) fait l’objet d’interprétations divergentes entre l’accusation et la défense. Ces dernières années, des témoignages d’anciens affidés du régime Kadhafi, recueillis par les juges, ont apporté des éléments nouveaux, mais leur fiabilité est contestée par les proches de Nicolas Sarkozy.

Un procès attendu

À ce stade, l’affaire est en phase d’instruction avancée. Plusieurs mises en examen ont été prononcées contre d’anciens collaborateurs et intermédiaires. Le parquet national financier a requis un procès pour Nicolas Sarkozy et plusieurs co-mis en examen. La décision finale sur un éventuel renvoi devant un tribunal correctionnel appartient aux juges d’instruction. Le dossier, riche de centaines de cotes, a déjà donné lieu à des rebondissements – notamment des demandes de nullité et des confrontations houleuses. L’issue judiciaire pourrait prendre encore plusieurs années, mais les principaux protagonistes savent que ce volet du feuilleton judiciaire touche à sa phase la plus décisive.