La demande d’annulation examinée

Ce jeudi, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon examine la requête en nullité déposée par la défense de Jacqueline Jacob, 89 ans. Cette dernière a été mise en examen le 15 mai dernier pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner » dans le cadre de l’affaire Grégory Villemin, le petit garçon de 4 ans retrouvé mort dans la Vologne le 16 octobre 1984.

L’avocat de Jacqueline Jacob conteste la validité de cette mise en examen, estimant que les charges retenues ne sont pas suffisamment étayées. Il argue que les auditions et les éléments recueillis ne permettent pas d’établir un lien certain entre sa cliente et les faits reprochés. La défense dénonce également une « instruction à charge » et des « présomptions fragiles ».

Les arguments de l’accusation

De son côté, le parquet général de Dijon a requis le rejet de cette demande d’annulation. Il estime que les éléments réunis depuis la reprise des investigations — notamment des témoignages et des expertises — justifient la mise en examen de Jacqueline Jacob. Selon l’accusation, des « indices graves et concordants » pèsent sur la grand-tante de l’enfant, qui aurait exercé des violences sur Grégory dans les jours précédant sa mort. L’autopsie de 1984 avait révélé des ecchymoses et une fracture du crâne, mais la cause officielle du décès était restée indéterminée jusqu’à une contre-expertise ordonnée en 2017, qui a conclu à une mort par « asphyxie mécanique ».

Que peut décider la cour ?

La chambre de l’instruction peut soit rejeter la requête et confirmer la mise en examen, soit annuler tout ou partie de la procédure, ce qui entraînerait la levée de la mise en examen de Jacqueline Jacob. Dans ce dernier cas, elle pourrait également ordonner de nouveaux actes d’enquête. Une décision est attendue dans les jours suivant l’audience, après délibéré.

Quarante ans d’enquête

L’affaire Grégory Villemin est l’une des plus célèbres et des plus complexes de la criminologie française. Après la mort de l’enfant, l’enquête a rapidement buté sur des zones d’ombre et des rivalités familiales. Plusieurs personnes ont été mises en examen au fil des décennies, sans qu’aucun procès n’aboutisse. En 2017, la juge d’instruction a rouvert le dossier sur la base de nouveaux témoignages et d’analyses génétiques. Jacqueline Jacob, déjà entendue comme témoin dans les années 1980, a été mise en examen en 2025 après que des auditions ont fait évoluer les soupçons.

La famille divisée

Cette nouvelle étape judiciaire ravive les tensions au sein de la famille Villemin. Les parents de Grégory, Jean-Marie et Christine Villemin, ont toujours clamé leur innocence et dénoncé les « lenteurs » de la justice. Du côté de la famille Jacob, on dénonce une « instrumentalisation » du dossier et une « pression médiatique ». L’avocat de Jacqueline Jacob a indiqué que sa cliente, âgée et en mauvaise santé, conteste fermement les accusations.

Conclusion

L’audience de ce jeudi est cruciale pour la suite de l’enquête. Si la mise en examen de Jacqueline Jacob est annulée, l’accusation pourrait se retrouver sans suspect principal et l’enquête pourrait s’enliser. En revanche, si la chambre de l’instruction confirme la mise en examen, l’affaire pourrait enfin connaître un dénouement judiciaire, près de quarante et un ans après les faits.