Au lendemain du décès de Jacqueline Jacob, ancienne principale suspecte de l’assassinat du petit Grégory Villemin, son avocat a livré une analyse sans concession du dossier qui a marqué la justice française pendant quatre décennies.
« Ce dossier est une conséquence de ratés de l’ensemble de la chaîne policière et judiciaire », a déclaré Me Frédéric Berna dans une intervention médiatisée mercredi 27 mai. Cette déclaration vient clore, dans les faits, le volet judiciaire d’une affaire qui a débuté en octobre 1984 avec la découverte du corps du garçonnet de 4 ans dans la Vologne, dans les Vosges.
Une mort qui relance les questions
Jacqueline Jacob, épouse du cousin du père de Grégory, est décédée mardi 26 mai à l’âge de 77 ans. Elle était la dernière mise en examen en vie dans ce dossier, après avoir été inculpée en 2017 pour « enlèvement et séquestration ayant entraîné la mort » et « complicité d’assassinat ». Son décès intervient alors que la juge d’instruction venait de clôturer son information judiciaire, en avril 2025, et que le parquet général de Dijon doit rendre son réquisitoire définitif en juin. Le procès, qui aurait pu se tenir devant la cour d’assises de la Côte-d’Or, n’aura donc jamais lieu, laissant à nouveau la famille de la victime sans réponse pénale définitive.
La thèse d’un crime familial
Selon l’avocat, « l’ultime raté » pourrait être l’exonération de l’oncle paternel de l’enfant dans le cadre de l’enquête. « Il aurait été entendu une première fois, mais aucune confrontation n’a jamais été organisée avec Jacqueline Jacob », a-t-il précisé. « Une instruction menée avec plus de rigueur aurait permis de confondre les auteurs », a-t-il insisté. « Le propre père de Grégory ne croit pas que Jacqueline Jacob ait agi seule », et les investigations récentes ont conforté cette hypothèse, selon l’avocat.
Des expertises remises en cause
Un autre angle du dossier concerne les expertises, notamment génétiques, qui n’ont pas été réexaminées depuis quarante ans. L’avocat a déploré que la découverte, en 2017, d’un ADN inconnu sur la scène de crime n’ait pas donné lieu à de nouvelles investigations plus poussées. « Le passage d’une pluralité d’auteurs est établi par les traces d’ADN », a-t-il souligné, ce qui renforce selon lui la thèse d’un crime collectif.
La famille Villemin toujours en quête de vérité
Pour les parents de Grégory, ce nouveau décès est un coup dur supplémentaire. « Ils ont perdu leur fils une seconde fois », a résumé l’avocat, qui estime que « le système a trahi cette famille ». La disparition de Jacqueline Jacob, combinée à la clôture de l’instruction, pourrait enterrer définitivement tout espoir de procès. L’hypothèse d’une procédure complémentaire, notamment par le biais d’une information judiciaire ouverte pour « homicide involontaire », est évoquée par des proches du dossier, mais paraît peu probable à ce stade.
Une affaire aux multiples rebondissements
L’affaire Grégory Villemin a connu de nombreux épisodes : le meurtre de l’enfant en 1984, la mise en cause de la mère, Christine Villemin, finalement innocentée, puis la longue instruction ayant abouti à la mise en examen de Jacqueline Jacob et de son ancien compagnon, Marcel Jacob, décédé en 2011. Plusieurs protagonistes de l’affaire se sont succédé au fil des années, tandis que les expertises se contredisaient et que la justice peinait à établir une vérité judiciaire stable.