«Ah bon, c’est ça le sexisme ?» La question, souvent entendue dans les couloirs des entreprises, illustre un phénomène persistant : le sexisme ordinaire, fait de remarques ou de gestes anodins en apparence, reste difficile à identifier pour de nombreux salariés. Pour y remédier, plusieurs grandes entreprises françaises, parmi lesquelles Schneider Electric et BNP Paribas, mettent en place des formations spécifiques. L’objectif est d’aider à détecter des propos ou des attitudes problématiques et d’apprendre aux victimes ou aux témoins à réagir de manière appropriée.

Des formations pour lever le voile sur les micro-agressions

Ces formations, qui prennent souvent la forme d’ateliers interactifs ou de modules en ligne, visent à déconstruire des stéréotypes de genre bien ancrés. Les participants sont invités à analyser des situations concrètes de la vie professionnelle : une remarque sur l’apparence physique d’une collègue, une interruption systématique lors des réunions, une « blague » à connotation sexiste, ou encore l’attribution de tâches moins valorisantes aux femmes. L’idée est de faire prendre conscience que ces comportements, même s’ils ne sont pas intentionnellement malveillants, participent à un climat de travail inégalitaire et peuvent constituer une forme de harcèlement moral.

Schneider Electric a ainsi développé un programme interne qui sensibilise l’ensemble de ses équipes, des cadres aux employés de terrain. La formation insiste sur le rôle des témoins, souvent désemparés face à une situation qu’ils jugent gênante mais sans savoir comment intervenir. Des techniques de base, comme la reformulation ou le signalement anonyme, sont enseignées pour permettre une réaction rapide et non conflictuelle. BNP Paribas, de son côté, a intégré des modules dédiés au sexisme ordinaire dans son parcours de formation continue, en complément des dispositifs existants contre le harcèlement sexuel.

Une prise de conscience progressive dans le monde professionnel

Si ces initiatives existent depuis plusieurs années dans certains grands groupes anglo-saxons, elles gagnent aujourd’hui du terrain en France. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. D’une part, la libération de la parole autour des violences sexistes et sexuelles, notamment via le mouvement #MeToo, a poussé les directions des ressources humaines à prendre le sujet au sérieux. D’autre part, la législation française s’est renforcée : la loi « Avenir professionnel » de 2018 impose désormais aux entreprises une obligation de prévention du sexisme et du harcèlement, sous peine de sanctions financières.

Au-delà des aspects juridiques, les entreprises y voient aussi un enjeu de performance et d’attractivité. Un environnement de travail respectueux favoriserait la collaboration, la créativité et la fidélisation des talents, en particulier chez les jeunes générations qui sont plus sensibles à ces questions. Certains témoignages recueillis lors des formations montrent que des salariés, hommes comme femmes, réalisent a posteriori avoir été exposés à des comportements sexistes qu’ils n’avaient jamais identifiés comme tels. « Ah bon, c’est ça le sexisme ? » devient alors le point de départ d’une prise de conscience collective.

Des limites et des critiques

Cependant, ces formations ne font pas l’unanimité. Certains les jugent trop superficielles, voire contre-productives, car elles risqueraient de créer une « police de la pensée » ou de stigmatiser des comportements involontaires. D’autres estiment qu’elles doivent s’accompagner de mesures structurelles plus profondes, comme la révision des processus de promotion, l’équité salariale ou la mixité des équipes dirigeantes. Sans changement organisationnel, le risque est que ces ateliers restent une simple « action de communication » sans effet réel sur les inégalités.

Malgré ces réserves, l’initiative de Schneider Electric, BNP Paribas et d’autres entreprises marque une évolution notable dans la manière dont le monde professionnel aborde le sexisme ordinaire. En formant les salariés à reconnaître et à combattre ces micro-agressions, ces groupes espèrent faire évoluer durablement les mentalités et les pratiques.