L’économiste Alexandra Prokopenko dresse un constat sévère sur l’évolution du rapport entre les élites et le pouvoir en Russie. Selon elle, ces dernières ressentent désormais « l’impuissance de l’État à les protéger », un phénomène qui « sape les bases des fondations du contrat social ».
Un pacte social en crise
Le contrat social traditionnel en Russie reposait sur un échange tacite : les élites soutiennent le régime en échange de sécurité et de stabilité pour leurs intérêts économiques et patrimoniaux. Or, selon Alexandra Prokopenko, cet équilibre est en train de se rompre. Les cercles proches du pouvoir, qu’ils soient issus du monde des affaires, de la bureaucratie ou des forces de sécurité, observent avec inquiétude l’incapacité croissante de l’appareil d’État à garantir leur protection face aux risques internes et externes.
Des signes de défiance
Cette défiance se manifeste par une multiplication des départs à l’étranger, des transferts de capitaux et une recherche d’options alternatives de sécurité juridique et financière. L’économiste souligne que ce mouvement n’est plus marginal : il touche désormais des segments entiers de l’élite qui, jusqu’à récemment, formaient le socle de soutien du système. Le sentiment d’abandon, couplé à une pression économique et politique croissante, conduit à une érosion de la loyauté.
Les implications pour le régime
Cette évolution pourrait avoir des conséquences profondes pour la stabilité du régime. Alexandra Prokopenko observe que si les élites ne se sentent plus protégées, elles sont moins enclines à investir dans le pays et à obéir aux injonctions du pouvoir central. Le risque, à terme, est une fragmentation du bloc dirigeant et une incapacité à maintenir la cohésion nécessaire à la gestion du pays. Pour l’économiste, ces dynamiques fragilisent le lien fondamental entre l’État et les groupes qui en constituent le pilier.
Un contexte de tensions
Ces analyses interviennent dans un climat marqué par des incertitudes économiques et géopolitiques. La guerre en Ukraine, les sanctions internationales et les difficultés économiques accrues accentuent les pressions sur les élites, qui doivent naviguer entre allégeance au pouvoir et protection de leurs intérêts personnels. Alexandra Prokopenko souligne que le Kremlin semble peiner à proposer des garanties crédibles, aggravant la défiance.
Une remise en question des fondations
Au-delà des cercles dirigeants, c’est l’ensemble du pacte social qui est remis en cause. L’économiste note que la perception d’un État incapable de protéger même ses propres soutiens affaiblit la légitimité du système aux yeux de la population. Dans un régime où le contrôle repose en partie sur la loyauté des élites, cette érosion pourrait avoir des répercussions politiques majeures à long terme.