Les cinq économistes qui conseillent le gouvernement allemand viennent de remettre au chancelier Friedrich Merz un rapport aux accents alarmistes. Ils y prévoient que le poids global des cotisations sociales, actuellement de 42,3 % des revenus des assurés, pourrait atteindre 45,4 % d'ici à 2030, puis frôler les 50 % à l'horizon 2040 si aucune mesure n'est prise. Cette projection s'appuie sur l'analyse de l'évolution des dépenses d'État providence, incluant l'assurance-chômage, les retraites, les accidents du travail, ainsi que les caisses d'assurance-maladie et de dépendance.

Cette hausse continue s'explique principalement par le vieillissement de la population et la baisse de l'immigration. Les experts estiment que l'augmentation des cotisations pourrait réduire le produit intérieur brut (PIB) de l'Allemagne de 0,5 % à 0,9 % d'ici à 2035, par rapport à un scénario sans cotisation supplémentaire. Le rapport intervient dans un contexte économique déjà fragilisé par les conséquences du conflit en Iran et la hausse du prix du pétrole. Les experts ont d'ailleurs abaissé leur prévision de croissance pour 2026 à + 0,5 %, contre + 0,9 % auparavant, et anticipent un net rebond de l'inflation à + 3 % cette année, avec une nouvelle hausse de 2,8 % attendue en 2027.

Des réformes radicales proposées par le conseil des sages

Pour limiter le phénomène, le conseil des sages propose une série de mesures. Dans le domaine de la santé, alors que le gouvernement vient d'adopter un projet de loi sur l'assurance-maladie, les experts préconisent d'aller plus loin : spécialisation accrue des hôpitaux, réduction du financement basé sur le nombre d'actes, et encadrement plus strict du prix des médicaments innovants. Ils plaident aussi pour des taxes plus fortes sur le tabac, l'alcool et les produits sucrés.

« L'assurance-maladie est le patient le plus difficile. Ses symptômes sont inquiétants. L'Allemagne possède le deuxième système de santé le plus coûteux de l'OCDE par rapport à son PIB », a expliqué Martin Werding, l'un des cinq économistes. De fait, les coûts du système ont augmenté de 64 % depuis 2005, tandis que l'assiette de calcul des cotisations progressait d'à peine 31 %, ce qui s'est traduit par une hausse des cotisations moyenne de chaque assuré de 14,2 % des revenus en 2005 à 17,2 % aujourd'hui.

Le conseil des sages suggère également d'augmenter la part de la subvention de l'État, un montant qui n'a plus été ajusté depuis 2017 et qui s'avère désormais trop faible selon les experts.

Des propositions controversées sur la dépendance et les conjoints

Sur la dépendance, les sages se montrent plus radicaux que la coalition au pouvoir. Ils préconisent de supprimer les aides pour payer la quote-part à la charge des résidents de maison de retraite (3 245 euros par mois en moyenne), ainsi que de tirer un trait sur une aide forfaitaire de 131 euros par mois pour des aides ménagères, une prestation jugée insuffisamment ciblée.

Les experts proposent aussi de supprimer l'assurance-santé gratuite des conjoints sans enfants et d'aligner son coût sur celui d'un assuré classique. Cette démarche va plus loin que le projet de loi du gouvernement, qui se contente d'une simple contribution pour le conjoint.

Des réactions immédiates du patronat

Cette prise de position a suscité une vive réaction de la Chambre de commerce et d'industrie allemande, qui appelle plutôt à des réformes structurelles pour réduire les dépenses, sans détailler ses propres propositions. Le rapport des cinq experts constitue un signal d'alarme pour le gouvernement de Friedrich Merz, confronté à la fois à la nécessité de financer un État providence vieillissant et à celle de préserver la compétitivité des entreprises allemandes. Le débat sur l'avenir du modèle social allemand est désormais lancé.